Violences sexuelles dans l'armée: Les militaires affichent la transparence

ARMEE

avec AFP

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Une enquête interne va être ouverte sur les violences sexuelles dont sont victimes les femmes dans l'armée française, la plus féminisée d'Europe mais au sein de laquelle les victimes d'agressions ou de harcèlement ont encore du mal à se faire entendre.
Une enquête interne va être ouverte sur les violences sexuelles dont sont victimes les femmes dans l'armée française, la plus féminisée d'Europe mais au sein de laquelle les victimes d'agressions ou de harcèlement ont encore du mal à se faire entendre. — Lionel Bonaventure AFP

Surpris par la publication d'un livre qui dénonce les violences sexuelles dont sont victimes les femmes militaires dans les régiments, l'état-major tente de déminer et assure que tout est fait pour que les coupables soient sanctionnés.

Des dizaines de cas d'agressions, de violences et de harcèlement sexuels

« Ça ne nous pose aucun problème. Tout est traité dans la plus grande transparence », affirme le général Bertrand Ract-Madoux, le chef d'état-major de l'armée de terre. Dans La guerre invisible (Les Arènes et Causette) paru fin février, deux journalistes, qui ont recensé des dizaines de cas d'agressions, de violences et de harcèlement sexuels, témoignent pourtant du contraire. Elles dénoncent une forme d'« omerta » au sein des armées, où l'on préfèrerait dissuader les victimes de porter plainte pour étouffer ce genre d'affaires. Avec suffisamment d'arguments pour que Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, ordonne une enquête interne pour « rompre la loi du silence ».

« Dans l'armée de terre, il y a chaque année entre dix et quinze cas qui relèvent de la justice », a précisé le général Ract-Madoux lors d'une rencontre mardi soir avec la presse. Globalement, chaque fois qu'une affaire relève du droit, elle fait selon lui « systématiquement » l'objet d'une procédure judiciaire.

« Une omerta » qui n'existe plus

« Il y a peut-être eu une omerta à un moment, mais elle n'existe plus », renchérit un officier supérieur : « Si un chef essayait d'étouffer un cas, ce serait suicidaire. Aujourd'hui, toutes ces affaires remontent irrémédiablement ». La tendance actuelle serait même « plutôt à l'excès de comptes rendus vers Paris » pour se couvrir. Ce qui n'exclut pas les dérapages. Lundi, le tribunal administratif de Nantes a suspendu la démission d'une stagiaire de l'armée, qui selon son avocat a été contrainte au départ après avoir porté plainte contre un sergent qui l'avait filmée nue sous sa douche.

L'armée française la plus féminisée d'Europe

Avec 15% de femmes dans ses rangs et 13% de femmes officiers, l'armée française est la plus féminisée d'Europe. Une féminisation qui s'est accélérée avec la professionnalisation des armées en 1996 et constitue « un sujet d'intérêt majeur » pour la défense. Après une forte progression, la proportion de femmes militaires tend cependant à stagner depuis la fin des années 2000. Elles constituent environ 22% des effectifs de l'armée de l'air, 14% de ceux de la marine et 10% pour l'armée de terre, réputée plus rude.

Un plan d'action pour avril

Et la promiscuité de la vie militaire crée parfois des tensions. « Quand on est obligé de vivre les uns avec les autres 24h sur 24, dans des conditions opérationnelles dures, il y a forcément des situations potentiellement sensibles », souligne le même officier. Une dizaine de procédures sont en cours au seul parquet de Paris à la suite de plaintes de femmes militaires pour des faits de violences, de viols ou de harcèlement.

Face au battage médiatique, les officiers supérieurs - des hommes dans une écrasante majorité - défendent « l'institution ». « Dans les entreprises non militaires, les femmes connaissent des ambiances de travail souvent bien plus désagréables que dans les armées », affirme l'un d'entre eux. Au ministère, Jean-Yves Le Drian doit annoncer début avril un plan d'action basé « sur trois principes : transparence, prévention, sanction », pour lutter contre ce type de violences. L'inspecteur général Didier Bolelli et la contrôleuse générale Brigitte Debernardy, chargés de l'enquête, doivent lui rendre leurs conclusions fin mars, un délai particulièrement bref pour ce type de mission.