A Montreuil, le clan Hornec dénonce «l’acharnement» des policiers

William Molinié

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Rue des Ramenas à Montreuil, fief du clan Hornec.
Rue des Ramenas à Montreuil, fief du clan Hornec. —

Chez les Hornec, on ne s’y invite pas sans carton. La famille, installée depuis des générations dans le quartier Boissière à Montreuil (Seine-Saint-Denis), est devenue méfiante au fil du temps avec les inconnus qui scrutent au-dessus du portail métallique de la maison de Marinette, la mère des trois frères fichés au grand banditisme. C’est d’ailleurs sa fille, qui habite en face, de l’autre côté de la route, rue des Ramenas, qui prévient: «Il n’y a rien à faire ici».

Le dernier «coup dur» de la famille «H» - c’est comme cela qu’elle est appelée dans le «Milieu» -, est encore frais. Vendredi dernier, Jean-Claude, 60 ans, l’aîné de la fratrie, a été mis en examen et placé en détention provisoire dans le cadre du démantèlement d’un réseau d’enfouissement illégal. Lui et son fils Loune, placé sous contrôle judiciaire, sont soupçonnés par les policiers d’avoir proposé à des sociétés de BTP de les débarrasser de résidus toxiques. Mais au lieu de les faire disparaître «proprement», ils les enfouissaient illégalement dans des terres agricoles de la région parisienne.

Extorsion, vols, violences

«C’est de l’acharnement contre nous. Cette histoire est rocambolesque», s’agace un membre de la famille, sur le perron de sa maison à Montreuil. Selon lui, «si le nom Hornec n’était pas apparu dans le dossier, personne ne s’y serait intéressé». Il faut dire que le patronyme résonne de manière assez singulière dans les commissariats franciliens. Le «clan Hornec», composé de gens du voyage pour la plupart sédentarisés dans la banlieue Est parisienne est «connu, depuis plusieurs générations […] pour de multiples infractions, vols à main armée, extorsion de fonds, vols avec violence ou par fausse qualité de policier à l’encontre de personnes vulnérables, recel…», peut-on lire dans un rapport de police consulté par 20 Minutes.

Les trois frères, Jean-Claude, Mario et Marc, ont en effet depuis une trentaine d’années multiplié les condamnations. Le dernier, qui a été un temps hospitalisé dans un service psychiatrique d’une clinique marseillaise, a été condamné à quatre ans de prison pour association de malfaiteurs. Les deux premiers avaient juré s’être «rangés» après être tombés pour un trafic de cocaïne, l’un en se reconvertissant en régisseur de cirque, l’autre en donnant des spectacles de marionnettes dans les prisons…

«Les policiers n’aiment pas le nom Hornec»

Ils étaient certainement discrets, mais pas complètement écartés des affaires, à en croire les enquêteurs. L’aïeule de la famille, Marinette, une octogénaire ridée au pas encore énergique, dit en vouloir aux «policiers, aux juges et aux journalistes». «Ils n’aiment pas le nom de Hornec. Quoiqu’on fasse, il y aura toujours quelque chose. Ils ne peuvent pas nous voir», gronde cette arrière-grand-mère aux yeux bleus-clairs.

Outre Jean-Claude Hornec, présenté par une source judiciaire comme étant celui qui «tirait les ficelles» du trafic de déchets pollués, Habib M’Hamed, dirigeant de l’entreprise RTR Groupe Environnement, a lui aussi été écroué. Par ailleurs, le parquet a fait appel du placement sous contrôle judiciaire de Loune, le fils Hornec. Deux autres personnes, Michel Legrand, propriétaire du terrain où ont été déversés les résidus toxiques, et Laurent Auguste, gérant de la société Vitrans, ont été mis en examen dans cette affaire.

Désormais, la famille Hornec compte préparer sa défense. Ce mardi matin, elle a rendez-vous avec l’avocat «historique» du clan, Jean-Yves Liénard, un habitué des prétoires.