Affaire Buisson: Nicolas Sarkozy exige le retrait des enregistrements au nom de la vie privée

William Molinié

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Nicolas Sarkozy lors d'un meeting aux Sables d'Olonne (Vendée), le 4 mai 2012.
Nicolas Sarkozy lors d'un meeting aux Sables d'Olonne (Vendée), le 4 mai 2012. — FABRICE ELSNER / 20MINUTES

Au nom du droit au respect de la vie privée. Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni exigent le retrait des enregistrements réalisés par l’ancien conseiller à l’Elysée, Patrick Buisson. Pourtant, la retranscription des échanges a déjà été publiée dans plusieurs médias. Et les fichiers audio sont toujours disponibles sur Atlantico, par exemple. Pourquoi l’ex-président veut-il les faire retirer alors que le contenu est connu de tous? 20 Minutes décrypte la stratégie judiciaire de l’ancien président…

Que contiennent ces enregistrements?

Plusieurs ministres en prennent pour leur grade et sont vivement critiqués. Michel Mercier, Roselyne Bachelot, François Fillon… Dans plusieurs extraits d’enregistrements, on entend les échanges entre Nicolas Sarkozy et ses conseillers de l’époque en 2011. Ces fichiers audio ont été réalisés à leur insu par le conseiller controversé Patrick Buisson, ancien directeur du journal d’extrême-droite Minute.

Pourquoi une procédure d’urgence?

Les avocats de l’ancien couple présidentiel, Thierry Herzog et Richard Malka, passent par une audience de référé devant le tribunal de grande instance de Paris pour tenter de faire retirer les enregistrements réalisés par Patrick Buisson. Cette procédure d’assignation est dite d’«urgence» et confiée à un juge unique. Ce dernier prendra connaissance, à 14h ce lundi, du dossier de manière contradictoire lors d’une audience publique. Il rendra sa décision sous forme d’ordonnance. Cependant, elle ne sera que provisoire.

Ainsi, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni espèrent surtout obtenir une décision qui ait un effet dissuasif, étant impossible d’empêcher en amont la diffusion des enregistrements. D’ailleurs, la simple assignation a déjà eu des conséquences sur le site internet Atlantico qui a décidé, «dans un soucis d’apaisement», d’enlever un des quatre enregistrements – celui ayant trait à la vie privée de Carla Bruni.

Quels sont leurs arguments?

L’ancien couple présidentiel met en avant la protection de sa vie privée. L’assignation souligne que «dans ces propos captés au moyen de procédés clandestins», ils évoquent «des sujets relevant de la vie privée, et plus particulièrement de la vie sentimentale et familiale du couple». L’argument semble plutôt recevable pour au moins un enregistrement où l’on entend Carla Bruni, dans la mesure où elle n’est pas «une personnalité politique». Son avocat, Me Richard Malka, la décrit comme une «victime collatérale».

Pour les trois autres fichiers audio, laissés en ligne sur Atlantico, la vie privée n’est pas réellement abordée. Il est davantage question de vie politique et de manœuvres. Pour tenter de les faire retirer, l’avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog, déplore des propos «tenus à titre privé» qui «n’avaient aucune vocation à se retrouver fixés et diffusés dans le public».

Que demandent-ils?

L’ex-couple présidentiel demande chacun 30.000 euros de dommages et intérêts à Patrick Buisson. Et un euro chacun au site Atlantico. Ils ont déjà assuré que les dommages et intérêts seraient intégralement reversés à la fondation de lutte contre le sida de l’ancienne première dame.

Qu’en dit Patrick Buisson?

Accusé d’avoir enregistré de «manière clandestine» l’ancien chef de l’Etat, Patrick Buisson a expliqué qu’il s’agissait de «documents de travail». Son avocat, Me Gilles-William Goldnadel a indiqué qu’il considérait l’action en justice de Nicolas Sarkozy comme «moralement légitime». Mais que son client n’était pas responsable du fait que les enregistrements se soient retrouvés publiés dans la presse. Selon lui, ces documents ont été «dérobés» à son client.