VIDEO. Gros, visible et coloré, le tatouage se paye l'affiche le temps d'un week-end à Paris

Vincent Vantighem

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Raf, tatoueur installé à Lausanne, dévoile son corps, le 07 mars 2014 lors du Mondial du tatouage à Paris.
Raf, tatoueur installé à Lausanne, dévoile son corps, le 07 mars 2014 lors du Mondial du tatouage à Paris. — JONATHAN DURON / 20 MINUTES

«Parce que c’est mon animal préféré!» Il n’y a sans doute que Maïline qui a réclamé, ce week-end lors du Mondial du tatouage, de se faire tatouer un «petit dauphin» sur l’épaule. Peut-être parce qu’elle n’a que huit ans… Qu’ils viennent du Canada, d’Hong-Kong ou de France, les plus grands spécialistes réunis à la Grande Halle de La Villette de Paris pour ce salon sont quasi unanimes: la tendance est aux «grosses pièces», comme on dit dans le jargon. Autrement dit, des tatouages «gros», «visibles» et «colorés».

«Le phénomène s’est démocratisé»

«Avant on tatouait le dos, les épaules et on finissait par les avant-bras, explique Raph, tatoueur de 33 ans installé à Lausanne (Suisse) Aujourd’hui, c’est l’inverse. Les bras d’abord. Car les clients veulent montrer qu’ils sont tatoués. Le phénomène s’est démocratisé.» A tel point que les puristes enragent. «Certains clients me disent: ‘’Je veux un tatouage mais je ne sais pas quoi…’’ Je trouve ça débile, lâche ainsi Mademoiselle Vegas. Les gens veulent un tatoo pour faire comme tout le monde!»

Vidéo: Jonathan Duron / 20 Minutes

Dans ce contexte, les artistes-tatoueurs les plus brillants sortent leur épingle du lot. Il y a ceux qui proposent des reproduire des vitraux de cathédrale dans le dos, les spécialistes du style japonisant et les fans du «old school» américain très prisé en ce moment. C’est pour cette raison que Pauline, 25 ans, était l’une des premières à pénétrer dans le salon, vendredi à 12h. «Cela fait longtemps que je voulais achever le tatouage sur mon pied. Il n’y a que Léon qui peut faire ce que je veux. Mais il est rarement là.» Spécialiste des tatouages graphiques très jolis mais indescriptibles, Léon explique, de l’autre côté du brancard artisanal, qu’il est en fait installé à…Hong-Kong. D’où la côte de ses œuvres d’art quand il se «pose à Paris».

«Des bites très graphiques sur le front»

Côté public, la démocratisation est aussi en marche. La dernière enquête française relative au tatouage remonte à 2010 (lire l’encadré). Si à l’époque 19% des ouvriers étaient tatoués contre 7% des cadres et professions libérales, l’écart semble être en train de se réduire. Si le hard-rock résonne dans les travées du Mondial, on y croise aussi des hommes en costume. «Je vois de tout, poursuit Raph. Des banquiers, des avocats. Même des flics. C’est tout de même de plus en plus toléré dans le monde professionnel

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Jimmy approuve. A 26 ans, le jeune homme affiche fièrement son visage à tous les photographes amateurs du salon. «Self made» tatoué sur ces joues –«parce que je me suis fait tout seul»- le jeune homme affiche aussi «Forever young» sur le front et le chiffre VIII, son préféré, sous l’œil gauche. «Aujourd’hui, je suis modèle pour un professionnel du tatouage, reconnait-il. Mais avant j’étais ouvrier et cela ne posait aucun problème à mon patron. J’ai l’impression que mêmes avec mes tatouages sur la gueule, je passe inaperçu aujourd’hui.»

Mais pas de panique. Pour ceux qui cherchent vraiment à se différencier des autres, l’animateur du salon annonce régulièrement au micro l’emplacement d’un stand où il est possible de se faire tatouer «des bites très graphiques sur le front.»

Reportage vidéo: Jonathan Duron

Un phénomène prisé par les jeunes

Un sondage Ifop réalisé pour Ouest-France assurait en 2010 que 10% des Français portaient un tatouage (9% des femmes et 11% des hommes). Un chiffre qui monte à 20% chez les 25-34 ans et qui s’établissait à l’époque à 8% chez les 18-24 ans laissant augurer une augmentation du phénomène dans les années à venir. Sondage réalisé auprès de 958 personnes par l’Ifop selon la méthode des quotas.