Journée des droits de la femme: Petit tour d'horizon d'initiatives douteuses

INSOLITE Tout le monde n'a pas forcément compris en quoi consiste réellement la journée internationale des droits de la femme...

Christine Laemmel

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L'initiative d'Elephant Bleu pour la journée de la femme
L'initiative d'Elephant Bleu pour la journée de la femme — Page Facebook d'Elephant Bleu

Ce samedi 8 mars aura lieu la Journée Internationale de la femme. Ou plutôt, selon la définition officielle de l’Organisation des Nations Unies, la «Journée des Nations Unies pour les droits de la femme». Une vocation plus revendicative que festive, souvent oubliée par les collectivités et les marques, limitant l’événement à une «super Saint-Valentin», selon la formule spontanée de Benjamin Mach, gérant de deux restaurants à Paris. Et il n’est pas le seul à se planter.

Deux roses offertes par «A la carte» le jeudi 6 mars 2014 — C.L/20MINUTES

1 - «A la carte» distribue des roses: «On est mal informés»

Dans les deux franchises gérées par Benjamin Mach dans le 9e arrondissement de Paris, le 8 mars dure trois jours. Les clientes reçoivent une rose, puis des «douceurs sucrées» et enfin, ce vendredi, un verre de punch. «La journée de la femme, on la prend au sens propre», justifie le gérant. «Mais il y a déjà une journée pour lutter contre les violences faites aux femmes non?» demande-t-il sûr de lui, avant de confesser son ignorance. «On est mal informés et on tombe à côté. Si on avait su que c’était lié aux droits des femmes, on ne l’aurait pas célébré comme ça.»

L’initiative d’Elephant Bleu pour la journée de la femme — Page Facebook d’Elephant Bleu

2 — Elephant Bleu offre un lavage gratuit: «Elles ont aussi le droit d’avoir une belle voiture»

Chez Elephant Bleu, société spécialisée dans le lavage de voiture, chaque femme a droit, autour du 8 mars, à un bon pour un nettoyage gratuit. L’idée, raillée sur la page Facebook de la marque, est justifiée par son succès. «Les femmes sont contentes qu’on leur offre ça», assure Alexandre Coutant, responsable de l’animation des réseaux pour Elephant Bleu. Mieux, il évoque, au-delà d’un intérêt commercial assumé et «transparent», une féminisation de la clientèle utile. «Elles ont autant le droit que les hommes de prendre plaisir à avoir une belle voiture.»

Le programme de Marly (59) pour la journée de la femme — Mairie de Marly

3 — La mairie de Marly (59) organise le salon «L’art d’être une femme»: «L’essentiel est qu’elles échangent»

A Marly, on a vu les choses en grand. Soirée «Top générations années 80» et salon «L’art d’être une femme». Pour une journée censée entre autres lutter contre le sexisme, le programme détonne: patchwork, scrapbooking, céramique ou encore zumba. «Ça n’a rien à voir, répond étonnée Martine Wolf, adjointe à la fête de la ville, c’est sérieux les droits de femmes. Monsieur le Maire rappelle d’ailleurs chaque année dans son discours les dates importantes.» La mairie a déjà tenté d’organiser des conférences autour de ces thématiques, «mais ça a moins marché», justifie l’élue. «Il faut que les femmes se retrouvent, l’essentiel est qu’elles échangent.»

Tweet de Nataly Breda sur l’initiative du Conseil général des Alpes-Maritimes — Conseil général des Alpes-Maritimes

4 — Le conseil général des Alpes-Maritimes offre une place de ciné: «Les gens attaquent et ne vont pas plus loin»

Le programme du cinéma Mercury pour le 8 mars a de quoi convaincre. Eka et Nadia, Wajma, une fiancée afghane, et Violette, trois films «polémiques» sur la condition féminine, seront diffusés, avec pour but, selon Pascal Guimard, programmateur de la salle, de «faire reculer la misère que l’on fait subir aux femmes». Alors qu’est-ce qui cloche? L’affiche promotionnelle. Reperée notamment par Caroline De Haas et Nathaly Breda, militantes féministes. Rose pétant, elle ne retient qu’un aspect du concept, la gratuité pour les femmes, avec pour formule «c’est votre journée!» «Comment faire d’une journée de lutte politique un événement digne de la Saint-Valentin?» interroge la seconde. Injoignables, les créateurs de l’affiche sont défendus par le community manager de la collectivité, Anthony Bressi: «Il n’y a eu que quelques tweets, tempère-t-il, les gens attaquent et ne vont pas plus loin.»