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JUSTICELe Distilbène, la solution empoisonnée pour les femmes enceintes

Le Distilbène, la solution empoisonnée pour les femmes enceintes

JUSTICEDeux «filles Distilbène», exposées pendant la grossesse de leur mère à cette molécule nocive, ont obtenu gain de cause jeudi lors d’un procès. Retour sur cette histoire...
Les conséquences de l'utilisation du Distilbène, hormone de synthèse prescrite en France pendant 30 ans aux femmes enceintes pour prévenir les fausses couches, concernent aujourd'hui trois générations, a montré un colloque organisé vendredi à Paris par l'association DES France.
Les conséquences de l'utilisation du Distilbène, hormone de synthèse prescrite en France pendant 30 ans aux femmes enceintes pour prévenir les fausses couches, concernent aujourd'hui trois générations, a montré un colloque organisé vendredi à Paris par l'association DES France. - Miguel Medina afp.com
F.V.

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Qu’est-ce que le Distilbène ?

C’est le nom commercial d'une hormone de synthèse prescrite en France entre 1950 et 1977 aux femmes enceintes pour prévenir les fausses couches, les risques de prématurité et traiter les hémorragies de la grossesse. Commercialisé par le laboratoire UCB Pharma, il a été le plus prescrit entre 1964 et 1975, avant d’être interdit en 1977 aux femmes enceintes en raison de sa nocivité.

Qui sont les «filles Distilbène» ?

Ce sont les victimes de ce médicament. Selon le réseau DES France, qui les soutient, au moins 160.000 enfants nés pour la plupart dans les années 1970 auraient été exposés au produit.

Sylvie Le Cossec, 45 ans, a subi une ablation de l’utérus et deux grossesses pathologiques tandis que son fils Julien, polyhandicapé, souffre de graves lésions neurologiques et du système moteur. Elle a porté plainte contre le laboratoire UCB Pharma. «Le lien entre l'exposition de ma cliente à la molécule diéthylstilboestrol (DES) et ses pathologies est indéniable», avait plaidé à l'audience du 16 janvier son avocate, Me Martine Verdier. En ce qui concerne Julien, 15 ans, «les présomptions de causalité sont fortes, mais plus difficiles à établir. C'est pourquoi nous demandons au tribunal, s'il le souhaite, d'ordonner un complément d'expertise», avait-elle ajouté. Me Verdier demande au total plus de 650.000 euros de dommages et intérêts.

Barbara Régent a pour sa part assigné le laboratoire pour des problèmes de stérilité. Son conseil, Me Julie Bonnier, a demandé 60.000 euros au titre du préjudice moral. Pour Me Ivan Terel, avocat du groupe pharmaceutique, la responsabilité d'UBC Pharma, qui commercialisait le médicament avec Novartis, «doit s'apprécier au regard des connaissances de l'époque. Dans les années 60, quand on a prescrit du DES à la mère de la plaignante, personne n'avait conscience de sa nocivité. Il n'y a donc pas eu de faute du laboratoire du point de vue de la responsabilité civile», selon lui.

Qu’a décidé la justice?

Dans le cas de Sylvie Le Cossec, le tribunal de Nanterre a déclaré jeudi le laboratoire UCB Pharma responsable des dommages provoqués par le Distilbène. Un complément d’expertise a été ordonné par le tribunal concernant le handicap de cet adolescent âgé de 15 ans, comme l'avait demandé l'avocate de la famille. «On ne pouvait pas avoir meilleure décision. C'est une satisfaction que son combat soit reconnu», a réagi Me Martine Verdier.

Le tribunal a également reconnu le préjudice moral subi par Barbara Régent et a condamné le laboratoire à lui verser 10.000 euros pour préjudice moral.

Dans un communiqué, le laboratoire écrit qu'il «accueille avec sérénité la décision du tribunal de Nanterre concernant la famille Le Cossec». «Cette décision reconnait le parcours et les souffrances de cette famille. Nous sommes profondément touchés par les épreuves endurées par toutes les familles concernées, et une juste indemnisation est pour nous une priorité dans ces affaires», peut-on lire.

En mars 2006, la Cour de cassation a estimé qu'UBC Pharma avait «manqué à son obligation de vigilance», constatant que des doutes sur la nocivité du DES «existaient avant 1971 et dès les années 1953-54».