Comment le gouvernement veut améliorer la mixité professionnelle d’ici à 2025

Faustine Vincent

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Illustration: Un ouvrier en bâtiment.
Illustration: Un ouvrier en bâtiment. — PAUL J. RICHARDS / AFP

Aujourd’hui, seuls 12% des Français travaillent dans une filière mixte. Plus de la moitié des femmes se regroupent dans seulement 12 métiers ou «familles professionnelles» sur 87. Pour tenter d’enrayer cette ségrégation professionnelle, le gouvernement lance ce jeudi une «plateforme d’actions pour la mixité des métiers» avec une trentaine de partenaires, dont des régions (PACA, Champagne-Ardenne…), des entreprises (Orange, Randstad…) et des fédérations professionnelles (Union des Industries, Fédération française du Bâtiment…).

Une pléthore d’initiatives en faveur de la mixité existent déjà au niveau local ou de manière ciblée, avec des résultats décevants. Là, «c’est la première fois qu’il y a une politique publique sur ce thème», argue-t-on au ministère des Droits des femmes, en insistant sur «les objectifs précis et contractualisés». L’objectif fixé par le gouvernement est d’avoir un tiers des métiers mixtes d’ici 2025, contre 12% aujourd’hui.

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La «Plateforme d’actions» entend aller au-delà de la simple campagne de communication, jugée inefficace à elle seule. D’où son lancement avec une trentaine de partenaires. L’ensemble se décline en cinq volets principaux portant sur l’orientation, la formation, la révision des classifications de branche (qui donne une valeur monétaire à un type de métier), le basculement dans la mixité de dix secteurs d’activité clés, et la communication.

*L’orientation. Selon le Cereq, la ségrégation professionnelle trouve son origine à 60% dans les orientations scolaires. Les garçons représentent 10% des aides-soignants, mais 73% des étudiants en écoles d’ingénieur. Pour casser les stéréotypes, la plateforme prévoit de «mobiliser tous les acteurs qui interviennent au moment des choix d’orientation des jeunes» (professeurs principaux, conseillers d’orientation, parents, etc.) via de la sensibilisation, notamment en rendant visibles des modèles de réussite d’hommes dans des métiers perçus comme féminins et vice-versa.

* La formation. Les membres de la plateforme inciteront les entreprises et les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) à se saisir de trois nouvelles dispositions législatives récentes. Parmi elles, le projet de loi relatif à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, qui rend les actions de promotion de la mixité éligibles au financement de la formation professionnelle.

* La révision des classifications de branche, qui a lieu tous les cinq ans. Lorsqu’un écart de rémunération est constaté entre les femmes et les hommes, les partenaires sociaux devront analyser, identifier et corriger les critères d’évaluation des postes de travail susceptibles d’induire des discriminations.

* Le basculement dans la mixité de dix secteurs d’activité clés. Dix plans d’action seront définis en 2014 avec des objectifs de mixité à 5 ans pour dix secteurs. Parmi ces derniers: l’accueil de la petite enfance, le grand âge, les services à la personne, la sécurité civile, l’énergie, les transports ou encore le développement durable. Ces métiers ont été choisis pour leur absence de mixité et parce qu’ils sont porteurs d’emploi.

* La communication. Une campagne nationale va être lancée s’adressant autant aux hommes qu’aux femmes. Elle sera cofinancée par la Fondation pour la mixité des métiers et l’égalité professionnelle, créée par la Fondation Agir contre l’Exclusion (FACE) que préside Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez.

Les conséquences de la «ségrégation professionnelle» sont nombreuses: inégalités professionnelles, déperdition de compétences, manque à gagner en terme de croissance (0,5% du PIB par an, selon l’OCDE), et reproduction ad vitam du schéma assignant une profession à un sexe plutôt qu’un autre.