Enregistrements de Patrick Buisson: Les quatre questions pour tout comprendre

Vincent Vantighem

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Patrick Buisson, le 15 octobre 2012 à Paris.
Patrick Buisson, le 15 octobre 2012 à Paris. — MIGUEL MEDINA / AFP

Nicolas Sarkozy traitant ses chiens de «connards». Carla Bruni se vantant d’avoir «enrichi» son époux. Dévoilés, ce mercredi matin, par Le Canard enchaîné et le site Atlantico, les enregistrements clandestins effectués pendant des années par Patrick Buisson à l’Elysée pourraient donner lieu à des développements judiciaires. «20 Minutes» fait le point sur la situation…

Pourquoi Patrick Buisson a-t-il enregistré des réunions à l’Elysée?

«Patrick voulait faire un verbatim des années Sarkozy.» Dans les colonnes du Canard enchaîné, ce mercredi, c’est un proche de Patrick Buisson qui justifie les enregistrements clandestins qu’aurait effectués l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Réunions officielles, conversations privées, conciliabules: «en quelques années, ce sont des centaines d’heures que Buisson aurait ainsi captées, et soigneusement rangées dans la mémoire de son ordinateur personnel», poursuit Le Canard.

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Dans un communiqué transmis à l’AFP par son avocat, Gilles-William Goldnadel, Patrick Buisson se justifie un peu différemment. «En tant qu’intervenant essentiel de ces réunions», celui qui était alors conseiller officieux du chef de l’Etat «ne pouvait prendre des notes écrites et utilisait ces enregistrements pour préparer la réunion suivante», avance son avocat. Selon lui, les enregistrements «étaient détruits au fur et à mesure, sauf manifestement quelques-uns qui lui ont été dérobés et dont il est fait présentement un usage extravagant et pervers».

Comment ces enregistrements se sont-ils retrouvés dans la presse?

Ce n’est pas le Canard enchaîné qui risque de dévoiler la façon grâce à laquelle il s’est procuré les enregistrements. Ni le site Atlantico qui publie également des verbatim. En revanche, Henri Guaino, l’ancien conseiller officiel de Nicolas Sarkozy, s’est laissé aller à quelques confidences, ce mercredi, sur les ondes de France Info.


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Mis en cause dans les enregistrements dévoilés, il a expliqué que ces bandes avaient été saisies lors d’une perquisition judiciaire à propos de l’affaire des sondages de l’Elysée. «Elles n’avaient rien à voir avec l’affaire des sondages. Mais elles étaient bien détenues par la justice, a lâché Henri Guaino. Je voudrais donc savoir comment ces bandes sont passées du circuit judiciaire aux journaux qui les publient. Je pense que quelqu’un a volé les bandes pour les donner à la presse.»

Contacté par 20 Minutes ce mercredi matin, le tout nouveau parquet national financier qui enquête désormais sur l’affaire des sondages de l’Elysée n’était pas joignable dans l’immédiat.

La justice peut-elle ouvrir une enquête sur des faits délictueux révélés dans les enregistrements?

Le procureur peut ouvrir une enquête préliminaire, voire une information judiciaire, s’il découvre, dans les extraits enregistrés l’existence de faits délictueux, nous a confirmé ce mercredi le parquet de Paris. «Le procureur peut en effet se saisir d’une affaire.» 

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En toute logique, les extraits des bandes diffusés dans Le Canard et Atlantico sont donc actuellement regardés à la loupe au palais de justice.

Des plaintes peuvent-elles être déposées dans le cadre de cette affaire?

Le premier à avoir dégainé n’est autre que Patrick Buisson lui-même. Alors que Le Point avait évoqué le 12 février l’existence de ces enregistrements sans en dévoiler le contenu, l’ancien directeur du journal Minute a, selon nos informations, déposé une plainte avec constitution de partie civile le 19 février pour «diffamation» contre l’hebdomadaire.

Ce mercredi, plusieurs personnalités politiques ont évoqué la possibilité de lancer, également, des poursuites. Notamment Henri Guaino qui s’interroge à voix haute : «Peut-on laisser totalement impuni ce genre de comportement?»

Les personnes mises en causes pourraient ainsi déposer plainte pour «atteinte à l’intimité de la vie privée», «divulgation d’informations» et même «diffamation». L'article 226-22 du Code pénal prévoit pour ces faits de «divulgation» une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison et 300.000 euros d'amende. Toutefois, Patrick Buisson se défend depuis le début de l'affaire en expliquant que ses bandes ont été «dérobées».