Renard Payen, un homme «fragile» et «immature» accusé d'avoir «suicidé» une veuve

JUSTICE Cette veuve d'un célèbre marchand d'art avait été retrouvée pendue sur sa luxueuse péniche de Neuilly (Hauts-de-Seine)...

avec AFP

— 

Capture d'écran de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).
Capture d'écran de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). — Capture Google Maps

«Immature, mais pas mauvais garçon». Franck Renard Payen accusé de l'assassinat d'une richissime veuve de Neuilly (Hauts-de-Seine), un crime qu'il a toujours nié, est apparu fragile au premier jour de son procès devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine.

L'homme, tiré à quatre épingles, aux airs de premier communiant, comparaît libre. Il est soupçonné d'avoir, avec Olivier Eustache également renvoyé devant les assises, maquillé l'assassinat de Dominique Fontaine en suicide. Cette veuve d'un célèbre marchand d'art avait été retrouvée pendue le 1er décembre 2005 sur sa luxueuse péniche de Neuilly (Hauts-de-Seine).

Franck Renard Payen joue quitte ou double. Soit il est reconnu coupable et encourt la réclusion criminelle à perpétuité, soit il est acquitté et peut prétendre aux 14 millions d'euros d'héritage de Dominique Fontaine qui avait fait de lui son légataire universel. Un père conseiller à la Cour de cassation, un temps directeur de la gendarmerie nationale, une mère radiologue, une soeur avocate, un frère dans la banque, Franck Renard Payen, 44 ans, est le deuxième enfant d'une famille bourgeoise.

«On sortait beaucoup»

Après un parcours scolaire agité, il cumule les petits boulots, tour à tour serveur, vendeur de chaussures ou employé dans la boîte de nuit parisienne de Régine. J'étais à l'époque «un peu superficiel», «j'aimais faire la fête», explique-t-il à la barre. C'est d'ailleurs au cours d'une soirée dans le célèbre club qu'il fait à la fin des années 1980 la rencontre du couple Aubry: Jean, qui possède une magnifique collection d'art contemporain et deux magasins d'antiquités à Paris, et sa femme Dominique.

«On sortait beaucoup. Ils m'acceptaient comme j'étais. Ils m'ont appris le goût des belles choses», raconte l'accusé. Dominique, surnommée Libellule, était «un peu comme une grande soeur».

Plusieurs témoins font état de la connivence entre Franck Renard Payen et les Aubry. Le couple qui n'avait pas eu d'enfant «le considérait comme leur fils. Lorsqu'il s'est marié, nous étions presque en retrait», relève son père, Olivier Renard Payen. «Il a beaucoup aidé Dominique Aubry après le décès de son mari», mort brutalement d'une crise cardiaque quelques mois avant le drame, souligne de son côté sa mère.

Légataire universel

Mais selon le parquet, l'accusé a tout fait pour isoler la veuve durant cette période. Elle contracte d'ailleurs une assurance-vie de 900.000 euros à son profit, puis quelques mois plus tard en fait son légataire universel.

Franck Renard Payen aura accès à cette manne financière. Peu de temps après le drame, il rembourse les dizaines de milliers d'euros de dettes qu'il a contractées, s'achète une Porsche, une 4x4, et envoie de l'argent à un de ses amis au Maroc. 300.000 euros sont dépensés en quelques mois avant que l'argent ne soit bloqué.

Franck «n'était pas intéressé», assure toutefois une de ses amies, dans son témoignage lu à l'audience. «C'est une personne atypique, fragile, immature, qui peut déranger. Mais il a le coeur sur la main, toujours prêt à rendre service. Ce n'est pas un mauvais garçon», relève pour sa part une de ses anciennes employeuses.

L'accusé, visiblement très impressionné par la cour dont les jurés tirés au sort sont uniquement des femmes, est au bord des larmes. «C'est quelqu'un qui n'a pas l'habitude de parler de lui», confie son avocate Me Emmanuelle Kneusé. Le procès se poursuit mercredi avec l'examen de la personnalité d'Olivier Eustache. Verdict attendu le 21 mars.