Des Femen lors d'une manifestation contre le gouvernement, le 23 janvier 2014 à Paris.
Des Femen lors d'une manifestation contre le gouvernement, le 23 janvier 2014 à Paris. — THOMAS SAMSON / AFP

Société

«Dérive sectaire», critiques politiques et de l’intérieur: Les Femen sur le gril

SOCIETE – Les critiques et accusations se multiplient contre le groupe féministe. Saisie par le député UMP Georges Fenech, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) doit rendre son avis dans les jours à venir...

Adeptes des actions spectaculaires et tapageuses, les Femen voient dans leurs coups d’éclat le moyen de «réveiller les consciences» sur les «trois piliers du patriarcat : la dictature, l’industrie du sexe et la religion». Quitte à choquer, et à se mettre à dos une partie de la population.

Car depuis son installation en France en septembre 2012, le groupe «sextrémiste», venu d’Ukraine, a vu le vent tourner. Les regards plutôt bienveillants, à gauche comme à droite, ont laissé place à des critiques de plus en plus virulentes, dépassant la sphère des catholiques intégristes.  En janvier, lorsqu’une militante a mimé «l’avortement de Jésus» à l’église de la Madeleine, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls a dénoncé une «provocation inutile». La candidate à la mairie de Paris, Anne Hidalgo, qui avait dit avoir de la «bienveillance» et «du respect» pour les Femen, a à son tour «condamné avec la plus grande fermeté [leurs] méthodes».

«Dérive sectaire»

Le 10 février, le député UMP George Fenech a franchi un pas supplémentaire en saisissant la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Lui-même ancien président de la Miviludes et actuel président du groupe d’études sur les sectes à l’Assemblée nationale, Georges Fenech - qui a par ailleurs eu le soutien de la Manif pour tous pour la primaire UMP à Lyon - soupçonne le groupe féministe de «dérive sectaire». Selon nos informations, la Miviludes doit rendre son avis sur le sujet en milieu de semaine. «Il ne faut pas se laisser abuser par les nobles causes qu’elles affichent, dit George Fench à 20 Minutes. Leur discours haineux envers les religions établies et leurs actions violentes dégradant des lieux de culte rappelle les mouvements satanistes. Je ne serais pas étonné qu’il y ait des pressions physiques et morales et un endoctrinement qui suppose une obéissance totale au groupe. L’absence de démocratie au sein du groupe est caractéristique des sectes».

Sans aller jusqu’à parler de «secte», le témoignage explosif d’une ex-membre dans Le Figaro deux jours plus tard est venu conforter ces critiques. Sous le pseudo d’«Alice», l’ancienne militante raconte sa «déception» et la «prise de pouvoir [du groupe] sur l’individu» après un an et demi passé au sein des Femen. «Tu acceptes lentement une soumission que tu refuses à l’extérieur». La jeune femme racontera dans les prochains jours son expérience dans un livre.

«On dirait l’Inquisition!»

Ces critiques amusent plus qu’elles n’effraient Inna Schevchenko, la leader des Femen. Les accusations de Georges Fenech? «Ça nous fait plaisir, parce que ça signifie qu’on est du bon côté, assure-t-elle à 20 Minutes. La droite réagit fortement parce que l’action des Femen met en danger leur idéologie. Fenech parle de satanisme et nous fait passer pour des sorcières. On dirait l’Inquisition!». Les critiques d’Anne Hidalgo? «C’est triste, parce que les leaders politiques se soucient plus de leur réputation que de leurs idéaux... Ce qui est dangereux, surtout, c’est de voir que les socialistes reculent face aux  catholiques : la PMA qui devait figurer dans la loi sur la famille a été abandonnée à cause des grandes manifestations catholiques! On va continuer à lutter contre le lobby de l’Eglise.»

Et les critiques d’«Alice»? «Je ne vais pas le nier : on n’est pas là pour boire des bières ensemble et se faire des amis, on est un groupe militant. Comme dans tout groupe, la hiérarchie est nécessaire. Je ne vais pas me justifier. C’est la déception d’une personne qui n’a participé qu’à une seule action. Elle n’a rien à faire dans ce groupe». Inna Schevchenko est plus préoccupée par «la présence d’espions» (raison pour laquelle les actions sont planifiées en comité restreint, «de 16 à 20 personnes de confiance») que par un isolement croissant. «Nous avons toujours du soutien, sinon on n’existerait pas», assure-t-elle. Elle le dit elle-même : «Les Femen ne sont pas pour tout le monde». Et vice-versa.