Quand manger sain tourne à l'obsession

ALIMENTATION 35% des Français estiment que la préoccupation de manger sainement peut devenir un problème...

Claire Planchard

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L'orthorexie, quand manger sainement devient une obsession.
L'orthorexie, quand manger sainement devient une obsession. — ISOPIX/SIPA

Décortiquer les étiquettes des aliments, pister leurs origines sur Internet, restreindre son régime au point de ne plus fréquenter les restaurants… Chez certaines personnes, le souci  du «diététiquement correct» peut virer au cauchemar.  Selon un sondage exclusif réalisé par Yougov pour 20 Minutes*, 45% des Français affirment que manger sainement est très important pour eux au quotidien et 6% admettent même que c’est une «obsession». Une vigilance qui selon 8% d’entre eux vient perturber leur vie sociale et familiale mais aussi celle de leur entourage,  14% des sondés affirmant que le souci de manger sainement des autres «peut devenir un problème».

Dans ces cas le plus extrêmes, les spécialistes parlent même  d’orthorexie. Un trouble du comportement alimentaire encore peu connu mais qui est pris très au sérieux. «Il ne faut pas confondre la volonté de ne pas manger de choses malsaines et le carcan de règles et de principes qui enferme l’orthorexique. Sa focalisation sur l’action de se nourrir va très loin: il peut passer une dizaine d’heures par semaine à se renseigner sur les aliments, soustraire de son alimentation de plus en plus de produits jusqu’à ne manger que des graines, mâcher 50 fois avant d'avaler, ou refuser de manger un fruit cueilli depuis plus de 20 minutes», explique Patrick Denoux, professeur de psychologie interculturelle à l’université de Toulouse – Le Mirail et auteur de Pourquoi cette peur au ventre  (JCLattès, février 2014). «Il lui sera alors impossible d’être invité à manger chez des amis ou alors seulement en apportant les produits qu’il mange habituellement, et il aura une inclination pédagogique qui pourra virer au prophétisme», poursuit le spécialiste.

Perfectionnisme alimentaire

Faute d’étude, aucune donnée précise n’existe sur la prévalence de ce trouble qui pourrait toucher selon les estimations 1 à 3% de la population. Mais le phénomène prendrait de plus en plus d’ampleur depuis sa découverte au début des années 2000. «A une époque où les vaches mangent des protéines animales, où les poissons sont carrés, où les œufs sont en tube et plus généralement où le lien entre producteur et consommateur est perdu, chacun cherche par tous les moyens à trouver une traçabilité», explique le psychiatre et nutritionniste Bernard Waysfeld, auteur de La peur de grossir (Armand Colin, octobre 2013). Reste que certains profils psychologiques sont plus sujets que d’autres aux dérives orthorexiques.

«Les femmes de 40-50 ans de niveau socio-économique élevé avec une grande préoccupation de leur poids, de leur corps, qui fréquentent les magasins bio et consomment des compléments alimentaires», constitueraient ainsi une première catégorie vulnérable selon le spécialiste. Une seconde, plus grave, regrouperait «les jeunes femmes de 20-25 ans tout juste sortie d’une phase anorexique  qui remplacent le souci du quantitatif par du qualitatif en se focalisant sur l’excellente qualité des produits consommés». Les hommes ne seraient pas non plus épargnés. Le point commun de toutes ces personnes: l’anxiété et un perfectionnisme à tendance obsessionnelle mêlé d’une forte préoccupation narcissique et de la quête du corps parfait.

«Etre trop exigeant en matière d’alimentation ne donne rien de bon: aujourd’hui notre alimentation n’a jamais été aussi saine même dans l’industrie. Ce qui est important c’est de diversifier pour éviter de concentrer les mêmes les éléments toxiques. Il faut manger de tout, mais en adaptant les quantités en fonction de la densité nutritionnelle», rappelle le docteur Waysfeld.

>> Vous êtes confrontés à ce problème? Venez témoigner dans les commentaires ou en envoyant un mail à contribution@20minutes.fr

Décortiquer les étiquettes des aliments, pister leurs origines sur Internet, restreindre son régime au point de ne plus fréquenter les restaurants… Chez certaines personnes, le souci  du «diététiquement correct» peut virer au cauchemar.  Selon un sondage exclusif réalisé par Yougov pour 20 Minutes*, 45% des Français affirment que manger sainement est très important pour eux au quotidien et 6% admettent même que c’est une «obsession». Une vigilance qui selon 8% d’entre eux vient perturber leur vie sociale et familiale mais aussi celle de leur entourage,  14% des sondés affirmant que le souci de manger sainement des autres «peut devenir un problème».

Dans ces cas le plus extrêmes, les spécialistes parlent même d’orthorexie. Un trouble du comportement alimentaire encore peu connu mais qui est pris très au sérieux. «Il ne faut pas confondre la volonté de ne pas manger de choses malsaines et le carcan de règles et de principes qui enferme l’orthorexique. Sa focalisation sur l’action de se nourrir va très loin: il peut passer une dizaine d’heures par semaine à se renseigner sur les aliments, soustraire de son alimentation de plus en plus de produits jusqu’à ne manger que des graines, mâcher 50 fois avant d'avaler, ou refuser de manger un fruit cueilli depuis plus de 20 minutes», explique Patrick Denoux, professeur de psychologie interculturelle à l’université de Toulouse – Le Mirail et auteur de Pourquoi cette peur au ventre  (JCLattès, février 2014). «Il lui sera alors impossible d’être invité à manger chez des amis ou alors seulement en apportant les produits qu’il mange habituellement, et il aura une inclination pédagogique qui pourra virer au prophétisme», poursuit le spécialiste.

Perfectionnisme alimentaire

Faute d’étude, aucune donnée précise n’existe sur la prévalence de ce trouble qui pourrait toucher selon les estimations 1 à 3% de la population. Mais le phénomène prendrait de plus en plus d’ampleur depuis sa découverte au début des années 2000. «A une époque où les vaches mangent des protéines animales, où les poissons sont carrés, où les œufs sont en tube et plus généralement où le lien entre producteur et consommateur est perdu, chacun cherche par tous les moyens à trouver une traçabilité», explique le psychiatre et nutritionniste Bernard Waysfeld, auteur de La peur de grossir (Armand Colin, octobre 2013). Reste que certains profils psychologiques sont plus sujets que d’autres aux dérives orthorexiques.

«Les femmes de 40-50 ans de niveau socio-économique élevé avec une grande préoccupation de leur poids, de leur corps, qui fréquentent les magasins bio et consomment des compléments alimentaires», constitueraient ainsi une première catégorie vulnérable selon le spécialiste. Une seconde, plus grave, regrouperait «les jeunes femmes de 20-25 ans tout juste sortie d’une phase anorexique  qui remplacent le souci du quantitatif par du qualitatif en se focalisant sur l’excellente qualité des produits consommés». Les hommes ne seraient pas non plus épargnés. Le point commun de toutes ces personnes: l’anxiété et un perfectionnisme à tendance obsessionnelle mêlé d’une forte préoccupation narcissique et de la quête du corps parfait.

«Etre trop exigeant en matière d’alimentation ne donne rien de bon: aujourd’hui notre alimentation n’a jamais été aussi saine même dans l’industrie. Ce qui est important c’est de diversifier pour éviter de concentrer les mêmes les éléments toxiques. Il faut manger de tout, mais en adaptant les quantités en fonction de la densité nutritionnelle», rappelle le docteur Waysfeld.

>> Vous contrôlez très strictement votre alimentation pour ne consommer que des ingrédients sains? Vous n'allez plus au restaurant ni mangé chez vos amis? Un de vos proches est confronté à ce problème? A minima ou à l'extrême, que faites-vous pour manger sainement? Venez témoigner dans les commentaires ou en envoyant un mail à contribution@20minutes.fr.

*Sondage réalisé en ligne  du 26 au 28 février 2014 selon la méthode des quotas, sur un échantillon total de 1030 adultes représentatifs de la poulation française 18 et plus.