Les anti-gender, une galaxie anti-laïque et très marquée à droite

Manuel Pavard

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La porte-parole du «printemps français» Béatrice Bourges, le 27 mars 2013, sur les Champs-Elysées, à Paris.
La porte-parole du «printemps français» Béatrice Bourges, le 27 mars 2013, sur les Champs-Elysées, à Paris. — V. WARTNER/ 20 Minutes

 Depuis le début de l’année, les anti-gender sont apparus sur le devant de la scène médiatique. Un terme popularisé par une ancienne de la seconde Marche des beurs, Farida Belghoul, aujourd’hui proche du groupuscule d’Alain Soral Egalité et réconciliation. Instigatrice des journées de retrait de l’école, en janvier dernier, cette écrivain et enseignante de 55 ans a rejoint le combat impulsé depuis l'an dernier par d’autres mouvements, comme les catholiques intégristes de Civitas ou le Printemps français, émanation radicale de la Manif pour tous.

La «théorie du genre», un fantasme

Dans le sillage de la lutte contre le mariage homosexuel, ces groupes ont enfourché un nouveau cheval de bataille, menant notamment la charge contre le livre pour enfants Tous à poil ou le film Tomboy. Dans leur ligne de mire, la «théorie du genre» et les ABCD de l’égalité, des modules pédagogiques mis en place dans les écoles sur l’inégalité homme-femme, accusés par les anti-gender de brouiller les identités sexuelles voire de promouvoir l’enseignement de la masturbation et l’éducation sexuelle dès le plus jeune âge.

La «théorie du genre», au sens d’un programme secret et d’un complot manipulant les enfants, relève pourtant largement du fantasme. Celle-ci est en effet confondue avec les «gender studies», un champ d’études universitaires né aux Etats-Unis dans les années 1950 et 1960, qui vise à lutter contre les stéréotypes filles-garçons créés par la société.

 «Alliance catholico-musulmane»

Pour le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, l’apparition des anti-gender est «partie intégrante de la mobilisation de la Manif pour tous, qui a cherché à étendre l’éventail de ses actions à d’autres sujets sociétaux». Selon lui, «la nouveauté introduite par Egalité et réconciliation est d’avoir popularisé la question de la théorie du genre dans un milieu musulman identitaire qui était tenu en lisière des manifestations contre le mariage homosexuel. La Manif pour tous et le Printemps français visaient plutôt un public de droite conservateur et catholique.»

On touche ainsi ici à la fameuse «alliance catholico-musulmane» rêvée par Alain Soral. «Le problème, explique Jean-Yves Camus, c’est que dans un pays laïc, sur un sujet de débat politique, il ne doit pas y avoir d’alliance confessionnelle. Si celle-ci existe, elle laisse de côté les juifs, les chrétiens non catholiques et les athées et agnostiques.»

Pour une partie du peuple de droite, «une tentative de saper les bases de la civilisation»

Le politologue insiste sur «l’incongruité» de la mobilisation d’associations comme Civitas: «Vouloir retirer de l’école des enfants scolarisés dans l’enseignement catholique est absurde car ces écoles n’enseignent pas la théorie du genre. En revanche, quand Farida Belghoul s’adresse aux familles musulmanes, son appel a une autre portée, leurs enfants étant souvent à l’école laïque.»

Comment situer alors ce mouvement sur l’échiquier politique ? Jean-Yves Camus parle «d’erreur d’appréciation de l’UMP, qui s’est aperçu que ce mouvement lui échappait» et «ne classe pas la totalité des anti-gender à l’extrême droite». Il évoque plutôt «la confiscation par les catholiques intégristes et l’extrême droite». Pour lui, la mobilisation initiée par l’opposition au mariage pour tous n’est en tout cas pas près de s’arrêter: «Aujourd’hui, une partie du peuple de droite pense que nous assistons, à travers la loi Taubira, à une tentative concertée de saper les bases de la civilisation.»

>> Retrouvez le reportage de Malika Baur sur Civitas