Théorie du genre: Prêcher des convaincus

REPORTAGE Une conférence «anti-gender» a été organisée par Civitas à Colmar ce samedi..

A Strasbourg, Malika Baur

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Capture d'écran Civitas.
Capture d'écran Civitas. — 20 MINUTES

Samedi après-midi, la tournée d'Alain Escada a fait escale à Colmar (Haut-Rhin). Environ trente personnes ont assisté à la conférence du président de l'association Civitas, une organisation proche des milieux catholiques traditionalistes et intégristes, contre la «théorie du genre». Et au cours de laquelle, il tente de démontrer comment le pouvoir déguiserait cette théorie « qui existe vraiment ».

Un service de sécurité pléthorique

Dans l'audience de cette réunion «anti-genders», quelques personnes âgées... Mais surtout beaucoup de jeunes hommes, d'une vingtaine d'années. Sans compter, assis au milieu du public, un groupe de cinq à sept hommes chargé «de la sécurité». Les risques de débordements ou incidents sont pourtant plutôt minimes: la quasi totalité des membres du public se connaissent déjà pour être adhérents à Civitas. Et se retrouvent souvent aux rendez-vous organisés par cette association.

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Gauche ou droite, c'est la même chose

Le public est donc d'ores et déjà convaincu. «Ce n'est pas Civitas qui est dangereux, mais la «théorie du genre». C'est la suite due droit à l'avortement, à l'émancipation de la femme, et bientôt la PMA et la GPA. Sauf que nous, nous avons les lois de la nature avec nous, avance l'un des jeunes qui s'oppose à la «théorie du genre» mais craint qu'elle ne rentre dans les mœurs. Un autre homme, bien plus âgé, a croisé à plusieurs reprises Alain Escad, l'organisateur de la conférence: « Civitas, ils sont biens. Ils sont proches de nous les nationalistes». Derrière la «théorie du genre», lui, voit une mode qui vise à perturber la famille et la société, mais aussi l'œuvre de lobbies. Et tous le martèlent: que le gouvernement soit de gauche ou de droite, c’est la même chose.

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Une prière puis un prêche

La conférence du président de Civitas débute par une prière. Puis pendant une heure et demi les auditeurs écoutent religieusement les arguments avancés par Alain Escada. A peine rient-ils des piques ironiques lancées au gouvernement de Jean-Marc Ayrault ou à  Pierre Bergé, homme de gauche autoproclamé, compagnon de Yves Saint-Laurent et actionnaire du Monde.

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Inquiétudes

Ils s'offusquent aussi, parfois, à voix basse : «Une catastrophe», «Ca promet», peut-on entendre ici ou là. Et bien sûr, ils applaudissent chaleureusement à la fin du monologue. Le conférencier attendait des questions, aucune ne lui sera posée. Il a visiblement conforté le public dans ses convictions. Catholique, non-adhérente à Civitas mais abonnée à la newsletter de l’association, une jeune grand-mère présente pour la « venue assez exceptionnelle » d'Alain Escada se dit très inquiète: «J'ai peur... J'ai une petite-fille, mais ma fille et son copain ne sont pas conscients. Je ne veux pas qu'elle suive de tels cours à son école. J'ai envie d'agir, mais à mon échelle c'est compliqué...»
«Les homosexuels vont devenir la norme et c'est nous qui n'allons pas devenir normaux, juge-t-elle. Je ne dirais pas que les homosexuels sont fous, mais ils sont malades... ça se soigne!» A ses côtés, un habitant d'un village voisin de Colmar rappelle que «dans le temps, on disait que c'était une pathologie... Maintenant, ça devient snob de dire qu'on l'est.»

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