VIDEO. Grève des sages-femmes: Pourquoi le conflit s’éternise

SOCIETE Les sages-femmes redescendent dans la rue ce mercredi à Paris pour demander au gouvernement de «prendre ses responsabilités» pour revaloriser le métier après quatre mois de grève. Selon nos informations, la ministre doit trancher dans les jours à venir...

Faustine Vincent
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Les sages-femmes en grève manifestent à Paris, le 7 novembre 2013.
Les sages-femmes en grève manifestent à Paris, le 7 novembre 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Ni spectaculaire, ni violent, le mouvement des sages-femmes pour la revalorisation de leur métier, entamé il y a quatre mois, se rappelle au bon souvenir de la population de manière irrégulière : à l’hôpital, où les patients peuvent lire un discret «en grève» sous leur badge (elles sont assignées), ou dans la rue, où le collectif d’organisations à l’origine de la grève espère réunir 6.000 d’entre elles à Paris ce mercredi pour leur troisième manifestation depuis le 16 octobre.



Au même moment se tiendra la huitième réunion du groupe de travail sur le statut des sages-femmes à l'hôpital, mis en place par la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Les participants espèrent qu'il s’agira de la dernière réunion sur ce dossier. Le conflit s’éternise, et leur patience est à bout après quatre mois de grève, l’apparition de divergences de fond au sein de la profession et la multiplication des crispations. Comment expliquer cet enlisement?

Le syndicat de sages-femmes ONSSF, qui fait partie du collectif, pointe du doigt les autorités. «Ça dure longtemps parce que la ministre ne tranche pas!», s’agace Elisabeth Tarraga, secrétaire générale de l’ONSSF. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, devait arbitrer une première fois le 20 décembre, mais elle avait finalement décidé de prolonger les travaux jusqu’à fin mars, faute de consensus entre les participants.

Positions antagonistes au sein de la profession

De fait, leurs positions sont irréconciliables. Le collectif à l’origine de la grève demande notamment que les sages-femmes travaillant en hôpital sortent de la fonction publique et obtiennent un statut sur le modèle des médecins (praticien hospitalier, PH). «On n’est pas dans la bonne case, ce qui a des incidences sur la reconnaissance du caractère médical de notre profession, nos responsabilités et nos salaires», explique Elisabeth Tarraga.

De leur côté, les syndicats de fonctionnaires (CGT, CFDT, FO, SUD, Unsa), réunis en intersyndicale, sont hostiles à la sortie du statut de fonctionnaire, synonyme selon eux de précarité. Les intersyndicales de praticiens hospitaliers, consultés sur ce dossier, y sont également opposées, mais pas pour les mêmes raisons. Ils redoutent que l’émancipation des sages-femmes, corolaire du statut PH, déstructure les salles d'accouchement et mette en danger les femmes et les bébés. Seule la définition des compétences des sages-femmes – le «socle commun» qui doit être bouclé ce mercredi - fait consensus.

«Il n’y aura pas de statu quo» 

Ces divergences expliquent en partie le retard pris sur le dossier. «Les sages-femmes sont très divisées entre elles. Au début beaucoup réclamaient la sortie de la fonction publique, mais beaucoup n’avaient pas pris la mesure des conséquences – 35 heures, retraite etc.», indique à 20 Minutes une source proche du dossier. Anne Maze, représentante des sages-femmes au syndicat de l’Unsa, fait le même constat. «La ministre s’est retrouvée avec deux groupes qui ne demandent pas la même chose. Elle laisse le temps faire pour qu’ils s’écharpent entre eux», accuse-t-elle.

Tous n’espèrent plus qu’une chose : que Marisol Touraine tranche, et vite. Ils redoutent que, les élections municipales approchant, l’échéance fixée à fin mars pour avoir une réponse ne mette le dossier en péril, avec un remaniement possible qui remettrait tout à zéro. Le ministère de la Santé se veut rassurant : «le salaire va évoluer» et «il n’y aura pas de statu quo» sur le statut des sages-femmes, insiste-t-on. Selon nos informations, la ministre devrait prendre une décision claire dans les jours à venir.