Tuerie de Chevaline: De nombreuses armes saisies chez le suspect, un ancien policier municipal

A Grenoble, Manuel Pavard

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Portrait-robot d'un motard suspect diffusé par les gendarmes dans l'affaire de la tuerie de Chevaline.
Portrait-robot d'un motard suspect diffusé par les gendarmes dans l'affaire de la tuerie de Chevaline. — 20 MINUTES

 Un an et demi après le quadruple meurtre de Chevaline (Haute-Savoie), l’enquête vient peut-être de connaître un tournant. Un homme de 48 ans a en effet été interpellé chez lui, dans un village voisin, ce mardi matin, puis placé en garde à vue. «J’évite d’utiliser le mot "suspect" pour l’instant, prévient le procureur de la République d’Annecy Eric Maillaud. Cette personne présente une forte ressemblance avec le portrait-robot d’un motard dont on sait qu’il était présent à proximité de la scène de crime mais dont on ignore le rôle.»

Ancien policier municipal en Haute-Savoie?

«C’est quelqu’un qui nous intrigue et qui a un lien possible avec la tuerie, poursuit le procureur. Mais ma première préoccupation est de préserver le secret de son identité. S’il est libéré dans quelques heures, je ne veux pas qu’il soit identifié par la population et qu’il se suicide demain.» 

Selon une source proche du dossier, l’homme, entendu par les gendarmes de la section de recherches de Chambéry, est décrit comme un «montagnard taiseux», «amateur d'armes», vivant comme un «marginal». Il s'agirait d'un ancien policier municipal de Menthon-Saint-Bernard (Haute-Savoie), d'après une source proche de l'enquête. Remercié pour faute l'an passé, il aurait ensuite retrouvé un emploi d'agent de sécurité en Suisse, selon France 3 Alpes.

Plusieurs perquisitions menées

Des perquisitions sont actuellement en cours à son domicile, à Talloires, sur la rive est du lac d'Annecy, ainsi que dans d'autres maisons, dont «une résidence secondaire située ailleurs qu’en Haute-Savoie», précise Eric Maillaud. «La garde à vue pourrait durer jusqu’à quatre jours», ajoute-t-il, l’enquête étant ouverte dans le cadre d’un «crime en bande organisée».

De nombreuses armes ont été saisies mardi chez lui. «La présence de ces armes confirme la passion de cet homme, collectionneur d'armes anciennes», a-t-on précisé de même source. Par ailleurs, l'examen de son téléphone portable «le situe dans la zone de la tuerie de Chevaline au moment des faits», selon l'AFP.

Depuis la diffusion du portrait-robot d’un homme portant un casque de moto et un bouc, le 4 novembre 2013, les enquêteurs ont reçu une centaine d’appels, dont «une quarantaine de témoignages intéressants, indique le procureur. On a fait un tri, c’était le numéro 1 sur notre liste mais il y aura peut-être d’autres interpellations.»

Les deux fillettes, seules survivantes de la tuerie

Le 5 septembre 2012, Saad al-Hilli, un ingénieur britannique d’origine irakienne âgé de 50 ans, sa femme Iqbal, 47 ans, et sa belle-mère Suhaila Al-Allaf, 74 ans, avaient été retrouvés morts, exécutés de plusieurs balles, dans leur voiture, sur un parking isolé, le long d’une petite route forestière au sud du lac d’Annecy.

L’une des fillettes du couple avait été grièvement blessée tandis que la seconde s’en était miraculeusement sortie indemne en se cachant sous les jupes de sa mère. La quatrième victime est un cycliste français, Sylvain Mollier, dont le corps avait été retrouvé sans vie à proximité du véhicule. Les enquêteurs le considèrent comme une victime collatérale.

«Exécutant local et commanditaire éloigné?»

Jusque-là, la justice a plutôt privilégié la piste familiale. Le 24 juin dernier, la police britannique avait ainsi interpellé à Londres le frère de Saad al-Hilli, Zaïd al-Hilli. Relâché dès le lendemain, ce dernier a vu son contrôle judiciaire levé à la mi-janvier. Il n’a cessé de clamer fermement son innocence, tout en reconnaissant un lourd différend avec son frère au sujet de l’héritage paternel, estimé à plusieurs millions d’euros.

L’arrestation de ce mardi pourrait relancer la piste d’un tueur local. Le procureur évoque quant à lui une autre thèse: celle «d’un exécutant local et d’un commanditaire éloigné. Ce ne serait pas une surprise», estime-t-il.

 Les gendarmes sondent un jardin à Talloires, au bord du lac d’Annecy

Des gendarmes de l'identification criminelle ont sondé ce mardi après-midi le jardin d'une maison de Talloires (Haute-Savoie) à l'aide d'un détecteur de métaux. La maison aurait été achetée récemment par l'homme placé en garde à vue, selon Le Dauphiné Libéré.