Les professionnels de santé frappés par le burn-out

Delphine Bancaud
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Illustration d'un médecin à l'hôpital.
Illustration d'un médecin à l'hôpital. — POUZET/SIPA

Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. La preuve en est avec les professionnels de santé qui sont touchés de plein fouet par le burn-out.Un phénomène sur lequel L’union française pour une médecine libre (UFML) souhaite attirer l’attention, en organisant ce mardi un «jour noir». Les médecins sont invités à voiler leur plaque d’un crêpe noir pour l’occasion et un happening est prévu le même jour devant le Ministère de la Santé.

Car toutes les études concordent: 40% des professionnels de santé sont sujets au burn-out à un moment de leur carrière et 14% des décès dans cette population seraient dus à des suicides. «Les plus sujets à l’épuisement professionnel sont les anesthésistes, les psychiatres, les médecins généralistes et les ophtalmologues», constate Jérôme Marty, président de l’UFML. «C’est un phénomène qui touche aussi bien les professionnels hospitaliers que les libéraux, tous âges confondus», renchérit Martine Pacault, responsable de l’entraide au sein du groupe Pasteur Mutualité, qui a mis en place une consultation pour prévenir l’épuisement professionnel des soignants.

Le surmenage en pointe

Un phénomène dû à plusieurs facteurs, comme l’explique Jérôme Marty: «Les réductions d’effectifs dans les hôpitaux et la diminution des installations de médecins ont entraîné une augmentation de la patientèle et donc une surcharge de travail pour les professionnels de santé. Ils croulent aussi sous les contraintes administratives et sont confrontés aux exigences de plus en plus fortes des patients, qui ont une vision consumériste des soins», affirme-t-il. L’accélération du rythme de travail, l’allongement des journées et la désorganisation des services finissent donc par affecter durablement certains professionnels de santé. «Le burn-out touche des personnes hyper exigeantes qui ont le sentiment de ne plus pouvoir faire correctement leur travail», précise Martine Pacault.

Les symptômes de ce mal obscur sont d’autant plus difficiles à percevoir par l’entourage qu’ils sont très variés: «Certaines personnes n’arrivent plus à dormir, ont des troubles du comportement, se dévalorisent, ont des problèmes d’addiction, s’isolent ou n’arrivent plus à considérer les patients comme des sujets, mais les traitent comme des objets», souligne Jérôme Marty. Et le burn-out restant tabou dans la sphère médicale, de nombreux professionnels continuent à exercer tant bien que mal. «Ils repoussent sans cesse leurs limites car ils ont toujours été habitués à être tournés vers les autres, au détriment d’eux même», affirme Martine Pacault. Avec le risque de voir leur pathologie se développer et à mettre en danger leurs patients.

Améliorer la prévention

Pourtant, il existe des moyens d’éviter ces cas extrêmes. «Des cellules d’accompagnement existe au sein des Conseils de l’ordre locaux et des associations», souligne Jérôme Marty. Le groupe Pasteur Mutualité dispose aussi de 40 médecins en France qui proposent des consultations de prévention et d’évaluation centrées sur l’épuisement professionnel. Pour lever le tabou, Jérôme Marty espère aussi que le «jour noir» fera réagir la ministre de la Santé. «Il faut lancer une enquête national sur le burn-out des professionnels de santé», suggère-t-il.