Burn-out chez les médecins: «J’ai frôlé la cata»

Delphine Bancaud

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Un médecin ausculte un petit garçon
Un médecin ausculte un petit garçon — CLOSON DENIS/ISOPIX/SIPA

Un matin de juillet 2011, Ariane Mussedy*n’a pas pu sortir de son lit. A l’époque, elle était interne et effectuait un stage en pédiatrie à l’hôpital. «Je venais d’effectuer une garde de 36 heures et j’étais totalement épuisée», se souvient-elle. Un syndrome de burn-out que vivent de nombreux professionnels de santé sur lequel L’union française pour une médecine libre veut attirer l’attention, en organisant ce mardi un « jour noir».

«Lorsque ça m’est arrivé, j’étais interne depuis un an et demi et je travaillais jusqu’à 75 heures par semaine», raconte Ariane. En plus de ses 11 demi-journées de travail par semaine, elle doit effectuer une garde de nuit hebdomadaire. Et parfois plus lorsqu’un collègue manque à l’appel. «Et lors de mes jours de repos, je devais récupérer mes cours. J’étais totalement obsédée par le boulot», se rappelle-t-elle. Petit à petit, elle finit par payer le manque de sommeil. Et se sent toujours sous pression: «J’étais très peu encadrée par l’équipe en place et je me sentais toujours remise en question. L’exigence de performance était perpétuelle et je craignais de commettre une erreur. J’en parvenais même à me demander pourquoi j’avais choisi ce métier», explique-t-elle.

Arrêtée six semaines

Le jour où Ariane craque, incapable de se lever, elle a la chance d’être très entourée. Son mari et son médecin l’exhortent de s’arrêter. «J’ai fait un break de six semaines, mais je culpabilisais. J’avais peur que mon stage ne soit pas validé et je redoutais de mettre mes co-internes dans l’embarras». Mais sa pause est salvatrice et Ariane finit son stage tant bien que mal. «J’en ai gardé un souvenir amer car j’ai frôlé la cata». Echaudée par cette expérience, elle choisit d’effectuer son stage suivant dans un cabinet de villes chez un généraliste pour éviter les gardes.

Aujourd’hui, Ariane est assistante du service de médecine interne dans un hôpital parisien, mais elle n’a pas oublié cette période noire de sa vie. «Lorsqu’on est interne, on n’a pas de statut, on est peu encadré et on a une pression énorme. C’est une main d’œuvre peu chère qui se doit d’être toujours dynamique et sur laquelle repose une pression énorme», souligne-t-elle. Pour éviter que son histoire ne se répète sur ses cadets, Ariane demande chaque jour aux quatre internes qu’elle encadre s’ils vont bien. Elle a aussi appris à s’écouter: «Je suis plus sensible aux signaux d’alerte et je suis maman, ça m’aide à prendre du recul par rapport au travail». La jeune femme a aussi consacré un chapitre au burn-out dans un ouvrage** qu’elle a coécrit avec d’anciennes internes. «Témoigner, ça fait partie de la thérapie», conclut-elle.

*Pseudonyme

** Internez-nous !Vos (futurs) médecins généralistes témoignent, d’Ariane Mussedy, Morgane Lucet, Louise Balas, Bérénice Tilleul, Books on Demand Editions, 14,90 euros.