Gel de l'avancement des fonctionnaires: Ayrault cherche à éteindre l'incendie

POLITIQUE Le Premier ministre dément cette hypothèse...

avec AFP

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Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 31 janvier 2014 à Saint-Herblain, près de Nantes.
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 31 janvier 2014 à Saint-Herblain, près de Nantes. — Sebastien Salom-Gomis/SIPA

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault est monté lui-même au créneau jeudi pour démentir l'hypothèse ébauchée dans les rangs de la majorité d'un gel des primes et de l'avancement des fonctionnaires pour contribuer à réduire les dépenses, ce qui serait un «casus belli» pour les syndicats.

«Ce n'est pas vrai... Pourquoi annoncer de fausses nouvelles? (...) On n'est pas dans le concours Lépine des économies», a lancé le Premier ministre alors que tout le monde se demande où le gouvernement va trouver quelque 50 milliards d'euros d'économies en trois ans.

Il avait déjà assuré fin janvier que ces économies ne se feraient «pas sur le dos» des quelque 5 millions d'agents (Etat, Territoriale et Hospitalière), dont les salaires sont gelés depuis 2010. Mais tant que les pistes n'auront pas été officiellement dévoilées, les fonctionnaires sont sur leurs gardes.

Economie d'1,2 milliard d'euros, une goutte d'eau

Un tel gel permettrait d'économiser 1,2 milliard d'euros par an, une goutte d'eau au regard des économies visées et un risque politique vis-à-vis d'un corps électoral traditionnellement favorable à la gauche, à l'approche des municipales.

Cette piste explosive est d'abord apparue la semaine dernière, lorsque la presse a rapporté des propos que le ministre de l'Education Vincent Peillon aurait formulés devant quelques journalistes, mais que l'intéressé avait aussitôt démenti avoir tenu. Face à la polémique, le ministre délégué au Budget Bernard Cazeneuve avait alors déclaré à l'AFP que les fonctionnaires avaient «déjà fait beaucoup d'économies», via le gel du point d'indice (qui sert de base au calcul de leurs salaires et est bloqué depuis 2010) et la stabilisation des effectifs.

Des économies qui ont notamment engendré une baisse de la masse salariale de 200 millions d'euros en 2013 par rapport à 2012 dans la fonction publique d'Etat, une maîtrise des dépenses «très exceptionnelle», selon M. Cazeneuve. Mais mercredi, alors que la majorité est déjà divisée sur le pacte de responsabilité qui prévoit une baisse de 30 milliards des cotisations patronales, c'est le président du groupe PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux qui a relancé le débat.

Il a affirmé que l'hypothèse d'un gel était bien «sur la table», avant de corriger un peu plus tard ses propos. 

«Hors de question», pour les syndicats

Sur les radios matinales, au moment où Ayrault s'exprimait jeudi, ses ministres avaient visiblement aussi reçu la consigne d'apaisement. «Rien n'est encore sur la table. Un processus est engagé», a ainsi dit la ministre de la Santé Marisol Touraine, tandis que le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a évoqué un effort «extrêmement fort» des fonctionnaires et invité «tous ceux qui se sont exprimés à garder un peu plus de temps à bien réfléchir».

Pour les syndicats, en tout cas, c'est tout vu: ils disent stop à l'unanimité à la baisse du pouvoir d'achat des agents. Alors qu'ils réclament depuis des mois un dégel du point d'indice, l'idée qu'on puisse y ajouter un gel de l'avancement et des promotions est tout simplement «hors de question», a affirmé en début de semaine le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger.

Pour Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, premier syndicat chez les agents de l'Etat, ce serait même un «casus belli», son syndicat dénonçant le «yoyo» du gouvernement sur le sujet et l'intervention du «pompier» Ayrault pour déminer des propos issus de son propre camp.

Jeudi, le Premier ministre a souligné de son côté qu'il n'était «pas favorable à la baisse du pouvoir d'achat des fonctionnaires». Il a rappelé que le gouvernement avait récemment fait un geste envers les plus mal payés, les agents de catégorie C, qui ont bénéficié d'un coup de pouce salarial au 1er février pour les maintenir au-dessus du Smic.

Selon les dernières données disponibles, les salaires nets mensuels moyens étaient en 2011 de 2.434 euros dans la fonction publique d'Etat, 1.823 dans la Territoriale et 2.208 dans l'Hospitalière. En tenant compte de l'inflation, les agents de l'État ont perdu 0,1% sur un an, ceux de la Territoriale 0,8% et ceux de l'Hospitalière 0,6%.