L'entreprise Paprec adopte une charte interdisant le port de signes religieux

DIVERSITE La charte a été adoptée en quatre mois, avec l'aval unanime de l'ensemble du personnel...

avec AFP

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 Le patron de Paprec, Jean-Luc Petithuguenin.
Le patron de Paprec, Jean-Luc Petithuguenin. — ERIC PIERMONT / AFP

Un acte «militant» après la controverse Baby-Loup. L'entreprise de recyclage Paprec a adopté, avec le soutien de ses 4.000 employés, une «charte de la laïcité» qui interdit le port de signes religieux, son PDG revendiquant cette première en France.

Le groupe privé basé en Seine-Saint-Denis, régulièrement salué comme un modèle en terme de diversité et de promotion sociale, notamment d'employés d'origine étrangère, va officialiser mardi l'entrée en vigueur d'un texte de huit articles dans son règlement intérieur. "J'applique le modèle qui prévaut dans la sphère publique et je l'applique à l'entreprise. J'applique le modèle de la République", a déclaré lors d'un entretien à l'AFP le patron de Paprec, Jean-Luc Petithuguenin.

Le devoir de neutralité

Si l'essentiel du contenu de cette "charte" ne fait que rappeler des principes en vigueur du droit français, il reprend le "devoir de neutralité" religieuse ayant cours dans la sphère publique et prévoit aussi que "le port de signes ou tenues par lesquels les collaborateurs manifestent ostensiblement une appartenance religieuse n'est pas autorisé".

 "On compte défendre notre point de vue, défendre qu'on l'a voté tous ensemble. Mais effectivement, on prend le risque que les tribunaux nous disent +vous avez tort+", a reconnu le PDG. "Je suis prêt à endosser ce risque et j'espère pour mon pays que je ne serai pas condamné, qu'on verra une évolution et que le législateur fera peut-être bouger les lignes", poursuit-il.

L'aval du personnel

 Chez Paprec, l'idée de la charte est née "en septembre" et son adoption s'est faite en quatre mois, avec l'aval unanime de l'ensemble du personnel et des comités d'entreprise. Miroslav Rancic, un élu ayant lui-même fui la guerre civile en ex-Yougoslavie, a expliqué à l'AFP comment il s'est "réjoui" de voir le texte adopté par son comité, constitué de "deux chrétiens et trois musulmans".

"Je vois très bien que si on laisse dériver les choses, les antagonismes vont monter. Or ce pays de la défiance, de la montée des intégrismes et de l'extrême droite, je n'en veux pas. Je veux une République pacifiée, des gens qui vivent ensemble et qui se respectent. Et ce n'est pas un petit sujet, c'est un vrai sujet", explique Jean-Luc Petithuguenin.

Un mouvement déjà amorcé dans d'autres entreprises

Même si les litiges restent peu nombreux -- Paprec lui-même dit n'avoir actuellement "aucun problème" lié à la religion en entreprise --, certains groupes (La Poste, EDF, Orange, IBM, Casino, RATP...) ont adopté des guides internes destinés à respecter la jurisprudence en vigueur.

L'Observatoire (gouvernemental) de la laïcité, qui a lui aussi publié son propre guide en décembre, a refusé de s'exprimer avant la présentation officielle de la charte par Paprec.

Si l'adoption à l'unanimité laisse à penser qu'aucun litige ne se produira dans l'immédiat chez Paprec, l'initiative n'est "à ce stade pas juridiquement sécurisée, parce qu'un problème peut se poser après", si un employé change d'avis ou via un recrutement, a toutefois observé un bon connaisseur du dossier.