Un retraité comparaît aux assises pour tortures sur sa femme

JUSTICE Toutes les plaies de la plaignante sont d'origine traumatique et susceptibles de correspondre à des coups de poing, des coups de nerf de boeuf ou autre objet contondant...

avec AFP

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Le procès d'un enseignant retraité, qui comparait pour actes de tortures et de barbarie sur sa femme, a débuté lundi devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône. 
Le procès d'un enseignant retraité, qui comparait pour actes de tortures et de barbarie sur sa femme, a débuté lundi devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône.  — Bertrand Langlois AFP

Le procès de René Schembri, un enseignant à la retraite, poursuivi pour des faits de tortures et actes de barbarie sur sa femme, Colette, durant plus de 30 ans, a débuté lundi devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône.

Le retraité, âgé de 72 ans, s'est présenté libre à l'audience prévue pour durer trois jours. L'accusé est libre sous contrôle judiciaire après avoir été écroué au début de l'enquête, en 2009, puis placé sous bracelet électronique durant deux ans.

Il n'aura cependant pas à répondre de la totalité des sévices dont l'accuse son ex-femme, une partie d'entre eux étant prescrits, même si «les faits ont commencé immédiatement», au début de leur vie commune, en France et en Afrique, dans les années 70, et sont «allés crescendo», selon l'avocat de la partie civile, Me Laurent Epailly.

Colette, petite femme teinte en rousse à la fragile silhouette, n'avait osé porter plainte qu'en 2009. La prescription étant de 10 années, les jurés ne devront juger René Schembri que pour les seuls actes commis entre 1999 et 2002.

32 ans de supplice

«Cette affaire a été connue en 2009 avec le dépôt d'une plainte à l'encontre» de son ex-mari, par Colette R., a indiqué le président, Jacques Calmettes à l'ouverture du procès. M. Calmettes a rappelé cependant que, selon la plaignante, son «conjoint se serait révélé violent dès les premiers temps du mariage et tout au long de celui-ci».

«Le mariage a duré 32 ans» durant lequel Mme R. «fait état de domination» du mari «à base de violences physiques ou mentales». Elle s'était enfuie une première fois du domicile conjugal en 1977, «mais la procédure de divorce n'ira pas à son terme, Mme R. se disant contrainte à l'abandonner», selon l'acte d'accusation lu par le président. Le 12 juillet 2002, Mme R. quitte définitivement le domicile conjugal, le divorce est prononcé trois ans plus tard, aux torts exclusifs de René Schembri.

Les huit expertises médicales pratiquées sont sans appel: toutes les plaies sont d'origine traumatique et susceptibles de correspondre à des coups de poing, des coups de nerf de boeuf ou autre objet contondant.

Une famille divisée en deux camps

Durant l'enquête, l'ex mari qui nie les faits, expliquant les blessures notamment par des accidents domestiques, n'a eu de cesse de solliciter des contre-expertises et de critiquer les témoins qui le mettaient en cause.

A l'audience, sa fille aînée devrait répéter ce qu'elle a dit aux enquêteurs. Elle a affirmé avoir assisté à de nombreuses reprises aux violences, évoquant des coups, racontant aussi que son père l'avait violée elle-même. Catherine, la fille cadette du couple devrait en revanche à nouveau prendre le parti de son père, «un homme honnête, digne et bon», selon elle. Durant l'enquête, les frères et la soeur de l'accusé ont eux-aussi penché en sa faveur.

L'avocat de Colette, Me Laurent Epailly, entend pour sa part contester la prescription de certains faits et faire requalifier certains des actes de violence. L'enquête «évoque des actes sexuels non consentis, je demande qu'ils soient reconnus comme viols», a-t-il dit à l'AFP. «Juridiquement, requalifier ces faits est impossible», estime pour sa part Me Frédéric Monneret, l'avocat du mari. Il considère qu'il s'agit peut-être moins du procès de violences conjugales que celui d'une relation sado-masochiste entraînée dans «une spirale infernale».