Procès du Dr Hazout: «Je me suis laissé faire. Il fallait l’accepter pour avoir un enfant»

Vincent Vantighem

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Le gynécologue André Hazout arrive au palais de justice de Paris pour le premier jour de son procès pour viols et agressions sexuelles, le 4 février 2014.
Le gynécologue André Hazout arrive au palais de justice de Paris pour le premier jour de son procès pour viols et agressions sexuelles, le 4 février 2014. — THOMAS SAMSON / AFP

Elle a commencé par parler d’une voix monotone et métallique. Comme si elle avait mis en marche un dictaphone. «Je suis née en République tchèque. Je n’ai pas eu une enfance très heureuse. Plutôt une éducation sévère. Je n’étais pas très aimée par mes parents.»

Puis au fil des minutes, la voix de Katrina s’est faite plus basse. Comme si elle ne voulait pas vraiment que l’assistance l’entende. Comme si, cheveux blonds stricts sur un ensemble noir, la quadragénaire voulait se fondre dans le décor de la cour d’assises de Paris jusqu’à y disparaître.

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«J’ai rencontré quelqu’un. On a tout de suite eu un désir d’enfant», lâche-t-elle à la barre avant de raconter l’attente, les analyses et les échecs à répétition. «Je me suis renseignée sur les meilleurs médecins.» C’est comme cela qu’elle a découvert l’existence du docteur André Hazout.

«Froid mais pro, il m'impressionnait»

Assis deux mètres derrière, le septuagénaire n’a plus grand-chose du gynécologue de renom qu’elle décrit. Jugé depuis mardi pour «viols» et «agressions sexuelles» sur ces anciennes patientes, il regarde, penaud, le sol et son avocat à intervalles réguliers. Si ce ne sont les rares moments où il agrippe son stylo nerveusement pour noter une phrase qui vient d’être prononcée.

C’est d’ailleurs ce qu’il fait quand Katrina se met à relater leur premier échange. «Il était un peu froid mais très pro. Il m’impressionnait.» A tel point qu’elle n’ose rien dire quand le praticien se met à l’embrasser sur la joue, puis sur la bouche. Après une première fausse couche, cette polyglotte se renseigne tout de même sur Internet. «D’autres patientes parlaient de ses baisers. J’étais rassurée. Je me suis sentie privilégiée. J’ai voulu faire une nouvelle tentative.»

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«Nous avons eu une relation sexuelle»

C’est à ce moment-là que tout a basculé. Un jour de grève des transports, elle n’atteint son cabinet qu’à 21h. «On a parlé. Il m’a embrassée. Ce n’était pas bien. Mais c’était le meilleur médecin», dit-elle dans un même souffle comme pour mieux relater le dilemme qui l’étreint à l’époque. «Il s’est éloigné. Quand je me suis retournée, il avait baissé son pantalon. Il était nu. C’était malsain. Je me suis dit ‘’Que faire?’’ Si je pars, je n’aurai jamais d’enfant…»

Première des six parties civiles à venir témoigner, Katrina sent bien que la cour d’assises est alors suspendue à ses lèvres. Elle évite soigneusement de parler de viol. «Il m’a prise par la main, emmenée sur la table d’examen et nous avons eu une relation sexuelle…» Le docteur Hazout reprend son stylo pour noter.

Sur Internet, d’autres patientes affolées

Après dix secondes de pause, l’ancienne patiente reprend le récit de sa vie et de son malheur. Elle raconte la nouvelle fausse couche, les doutes et surtout son désir d’enfant plus fort que tout. Et donc les nouveaux rendez-vous. «Un jour, il m’a annoncé que la tentative de FIV avait échoué, poursuit-elle. Et puis il m’a prise par derrière. Je me suis laissé faire. Il fallait l’accepter pour avoir un enfant. C’est comme ça!» murmure-t-elle.

Elle n’a pas besoin de s’en convaincre. Katrina est tombée enceinte à la tentative suivante. Une grossesse difficile. «Au bout de trois mois, j’ai dû être alitée. Il m’a dit alors ‘’J’ai hâte que ça s’arrête pour que je puisse te refaire l’amour!’’» Le gynécologue n’en aura pas l’occasion. Sur Internet, Katrina se renseigne et tombe sur d’autres patientes affolées. Elle n’est pas surprise quand la police sonne à sa porte. «Je leur ai dit que j’étais obsédée par mon désir d’enfant…»

Un désir aujourd’hui assouvi. «Mon mari s’est mis à boire. Nous avons divorcé. Je vis aujourd’hui en Italie… Avec mon fils.»

* Le prénom a été changé