Tabac, drogue, alcool: La prévention, vue par les adolescents

Delphine Bancaud

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Illustration. Un jeune homme fumant du cannabis.
Illustration. Un jeune homme fumant du cannabis. — Nelson Antoine/AP/SIPA

Prévenir plutôt que guérir. Dans un rapport de l’Inserm rendu public ce jeudi, des experts préconisent des actions de prévention pour retarder l’âge d’initiation au tabac, à l’alcool et au cannabis et éviter les usages réguliers chez les plus jeunes. 20 Minutes a interrogé trois adolescents pour savoir quels modes de prévention ils jugent les plus efficaces.

Si Adèle, 13 ans, qui habite Franconville (Val-d’Oise) et Jade, 14 ans de Villejuif (Val-de-Marne) expliquent avoir déjà trempé leurs lèvres dans un verre de vin, elles n’ont pas voulu retenter l’expérience. Quant à Mickaël, 14 ans qui réside à Paris, ses copains ont bien tenté de l’initier à la cigarette, mais il a toujours décliné. Tous trois expliquent cependant côtoyer des camarades qui boivent de l’alcool en soirée, d’autres qui fument des cigarettes quotidiennement et certains même du cannabis, à la sortie du collège.

Le rôle des parents

Pour Mickaël, les parents doivent d’abord aider leurs enfants à se forger un esprit critique afin qu’ils ne cèdent pas à l’effet de groupe. «Car certains ados sont timides et ne savent pas dire non lorsqu’un copain leur propose un verre d’alcool ou un joint. Il faut avoir suffisamment confiance en soi pour refuser», souligne-t-il. Adèle insiste aussi sur le rôle des parents dans la prévention : «Ceux qui interdisent à leurs enfants de fumer, alors qu’ils le font eux-mêmes, ne sont pas crédibles. Alors qu’en montrant l’exemple, ils pourraient peut-être les convaincre de ne pas commencer». Jade estime aussi que  «certains ados boivent pour jouer les rebelles». Pour ceux-là, la meilleure prévention selon elle, serait «que leurs parents s’occupent davantage d’eux, écoutent leurs problèmes». Elle s’étonne aussi que «certains parents ne disent rien lorsqu’ils constatent que leur enfant fume ou boit. Ils sont trop libres avec ça, du coup l’ado a l’impression que ce n’est pas grave», affirme-t-il.

La prévention en milieu scolaire peut mieux faire

Au collège de Jade, un intervenant est venu expliquer aux élèves les dangers de la cigarette. «Mais ça n’a pas passionné grand monde. Mes amis ont trouvé qu’on ne leur parlait que des cas extrêmes. Ils ne se sont pas sentis concernés car ils se croient invincibles». Même constat pour Mickaël qui a eu droit à un exposé sur les composants de la cigarette en cours de SVT (Sciences de la vie et de la terre): «Ça n’a pas eu d’effet sur ceux qui sont devenus accros», estime-t-il. De son côté, Adèle trouve que certaines campagnes de prévention du cannabis «insistent trop sur ses effets planants. Or, certains ados qui se sentent mal veulent justement fuir la réalité. Ça peut leur donner envie d’en consommer». Pour Mickaël, la bonne prévention serait peut-être «que des jeunes qui ont eu des problèmes à cause de l’alcool ou du cannabis viennent en parler aux élèves», affirme-t-elle

Le rôle des copains

Adèle estime que les pairs peuvent avoir une influence positive à l’égard des ados qui ont des conduites addictives. «Avec plusieurs amis, on refuse de faire la bise aux fumeurs le matin, car on trouve qu’ils sentent mauvais. Et au parc, on ne se met jamais à côté d’eux lorsqu’ils allument une cigarette. A force, ils se sentent un peu exclus. Ça peut finir par les inciter à diminuer leur consommation, voire même à arrêter», espère-t-elle. «Si certains constatent que leurs amis ayant trop bu ont été malades, ça peut leur faire peur et les pousser à ne pas recommencer», estime de son côté Jade.

L’influence des modèles

Mickaël raconte que plusieurs de ses camarades «fument ou boivent pour ressembler aux stars qu’ils admirent. Dans beaucoup de clips de rap, on les voit faire ça». Selon lui, il faudrait que ces clips soient moins diffusés et que l’on valorise moins l’usage de la cigarette et de l’alcool dans les films. Des idées à méditer.