Corruption: Jean-Yves Adam, un policier jugé trop «indulgent»

William Molinié

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Illustration police nationale.
Illustration police nationale. — Vincent Wartner/20 Minutes

Peu de policiers se sont dits surpris à l’annonce de la garde à vue du contrôleur général Jean-Yves Adam. Surnommé «Le Vieux» dans la maison «police», ce haut cadre de la préfecture de police traîne une réputation de chef «sulfureux» aux «colères mémorables». Il a passé la nuit de mercredi à jeudi dans les locaux de la police des polices et devrait, selon nos informations, y rester jusqu'au terme de sa garde à vue, prévue vendredi matin, après avoir été cuisiné pendant près de quarante-huit heures par ses collègues de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).

Arrêté à son domicile mercredi matin, il est mis en cause dans une enquête ouverte par un juge d’instruction parisien pour «corruption active et passive», «violation du secret professionnel et recel». Une source proche du dossier déplore une «pratique des indulgences». En clair, d'avoir fermé les yeux sur certains délits qui auraient été portés à sa connaissance. Il aurait aussi fait des «demandes de classements de contraventions», ce qu'il a nié.

Selon des policiers contactés par 20 Minutes, les auditions chez les bœufs-carottes tourneraient autour d’agences de location de voitures de luxe avec lesquelles il aurait été jugé «trop proche». Les a-t-il débarrassées de contraventions? A-t-il bénéficié de «cadeaux» en se rendant coupable de «corruption passive»? Son domicile et son bureau ont été perquisitionnés.

Fan de sport automobile

Ce policier chevronné est passé par plusieurs postes stratégiques. Il a démarré dans les renseignements généraux dans le sud de la France avant de se «mettre en disponibilité» au début des années 1990 pour se consacrer à son activité préférée, le sport automobile, lui-même étant pilote. Puis est revenu à la Préfecture de police comme commissaire d’arrondissement.

Promu chef des policiers en tenue dans le 1er district de la capitale, il a dirigé les arrondissements convoités des 1er, 2e, 3e, 4e, 8e, 9e, 16e et 17e, entre 2005 et 2013. Il y supervisait, entre autres, la cellule d’opération du Parc des princes (COPP), chargée de traquer les hooligans et les dérives racistes. «Il avait ses entrées dans le stade, se souvient un policier. Tout le monde lui demandait des places.»

Proche de l’équipe de Sarkozy

L’année dernière, le nouveau directeur de la sécurité publique de l’agglomération parisienne l’avait «placardisé» dans un rôle de chargé de mission à ses côtés afin de libérer le poste de patron du 1er district qu’il avait occupé pendant près de neuf ans. «Sur des postes comme ceux-ci, si vous restez trop longtemps, c’est que vous avez noué des contacts. Parfois trop proches…» , souffle-t-il.

A l’inverse, pour un ancien de la brigade anti-criminalité, Jean-Yves Adam «paye» aujourd’hui «sa proximité avec l’équipe de Sarkozy». «La plupart des cadres qui lui avaient fait allégeance sont en train, petit à petit, d’être évincés», constate-t-il.