Tabac, drogue, alcool: Plus on commence jeune, et plus il y a de risques

Delphine Bancaud

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Un tiers des collégiens de 3 eme affirment avoir connu l'ivresse alcoolique.
Un tiers des collégiens de 3 eme affirment avoir connu l'ivresse alcoolique. — G. VARELA / 20 MINUTES;

Plus on commence tôt, plus on risque d’en payer le prix. Un rapport sur les conduites addictives chez les adolescents, dévoilé ce jeudi par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) insiste sur les dangers d’une initiation précoce à la cigarette, à l’alcool et au cannabis qui accroit les risques de dépendance ultérieure et les dommages sur la santé.

Concernant l’alcool, le rapport révèle que 58% des enfants de 11 ans déclarent avoir déjà expérimenté une boisson alcoolisée et plus d’un tiers des collégiens de 3ème (34%) affirment avoir connu l’ivresse alcoolique. Les consommations régulières d’alcool (au moins deux fois dans le mois) apparaissent aussi dès la fin du collège car 7% des élèves de 3ème déclarent avoir bu de l’alcool au moins 10 fois dans le mois précédant l’enquête. Des chiffres inquiétants selon Mickael Naassila, chercheur à l’Inserm car «les adolescents sont très vulnérables aux effets de l’alcool. La maturation cérébrale s’opérant jusqu’à 25 ans, la consommation de l’alcool va tuer plus de neurones chez l’adolescent que chez l’adulte. Ce qui peut avoir un impact sur la capacité à apprendre». Selon l’Inserm, les effets de l’alcool seraient d’ailleurs plus importants sur les filles que sur les garçons. «La précocité de la consommation d’alcool multiplie aussi par deux le risque de développer une addiction pour la vie entière», souligne Mickael Naassila.

Idem pour le tabac, car les mauvaises habitudes prises tôt risquent d’être difficiles à perdre. Selon le rapport de l’Inserm, 8% des élèves de 4ème et 16% de ceux de 3ème fument quotidiennement. Ce qui entraîne un risque de dépendance. Et comme l’a rappelé François Hollande mardi lors de la présentation du Plan cancer: «Fumer à 17 ans, c'est prendre le risque de mourir avant 60 ans

Les méfaits du cannabis

Quant au cannabis, si les premières expérimentations sont encore très rares à l’entrée du collège, elles sont observées les années qui suivent car 11% des élèves de 4ème et 24% de ceux de 3ème affirment en avoir déjà fumé. L’usage régulier du cannabis (au moins dix fois dans le mois) ne concerne cependant que 2% des élèves de 3ème, mais 7% de ceux de terminale. «L’usage du cannabis entraîne des troubles cognitifs (moindre attention, temps de réaction plus lent, altération de la mémoire, moindre capacité à résoudre des problèmes). Le sujet va perdre la capacité à s’adapter à son environnement», insiste Alain Dervaux, addictologue. L’usage de cannabis peut également précipiter la survenue de troubles psychiatriques (dépression, symptômes psychotiques et schizophrénie). Et chez l’adolescent, certains troubles peuvent persister y compris après le sevrage, en particulier si la consommation a débuté avant l’âge de 15 ans, souligne l’Inserm.

Des données qui invitent les experts de l’Inserm à préconiser des actions pour retarder l’âge d’initiation à ces substances et d’éviter les usages réguliers chez les plus jeunes. En sensibilisant par exemple, les jeunes, les parents, les équipes médicales, les intervenants scolaires, aux dangers associés à une initiation précoce à ces substances. Les experts recommandent aussi que l’achat du tabac et de l’alcool soit systématiquement assorti d’une présentation d’un document officiel indiquant l’âge du jeune. Car les contrôles ne sont pas toujours de mises. Autre impératif: mieux repérer les comportements à risques chez les jeunes afin de les guider si besoin est vers les «consultations jeunes consommateurs», dont l’efficacité a déjà été prouvée.