Discriminations au travail: «Être belle n'est pas forcément un atout, on peut vite nous mettre sous une cloche»

TÉMOIGNAGES ulie et Léonie ont souffert d'un physique trop avantageux sur leur lieu de travail...

C. La.

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IPON-BONESS/SIPA

«Pour mon embauche, cela a probablement été un avantage». Léonie, 44 ans le reconnaît. Comme Julie*, 38 ans, qui ne nie pas sa chance. Mais alors que le baromètre 2014 des discriminations sur le lieu de travail vient de révéler que l’apparence physique est souvent la cause de traitements injustes, les deux internautes nous ont contactés pour nous raconter comment ceci vaut aussi quand la nature nous a (un peu trop) gâtés.

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«Le rouge vous va bien». L’arrivée de Julie dans son ancienne entreprise il y a cinq ans, a commencé comme ça. Par des «réflexions agréables sur mon physique», nous dit-elle. Même faites par son supérieur, «je ne voyais pas le mal, se souvient-elle, j’ai été bien conne». Revenant d’un congé maternité et très enthousiaste d’avoir décroché ce poste, elle sème innocemment les «merci, c’est gentil.».

«Vous voulez devenir ma geisha?»

Un an après son embauche, le ton s’est fait graveleux. Les compliments sont devenus malaises. «Avec votre petit haut chinois, vous ressemblez à une geisha, vous voulez devenir ma geisha?» lui a par exemple lancé son supérieur direct. Et l’atout est devenu handicap. Assorti de regards fuyants de collègues femmes qui assènent des «on t’avait prévenue» et de supérieurs qui minimisent. «C’est plutôt flatteur, il aime les belles femmes» aurait répondu son N+2, «en riant» précise Julie, avant de lui arguer l’absence de preuves, de ce qui se transformait doucement en harcèlement sexuel.

Ne trouvant pas de réponse, Julie demande à changer de service. «J’ai voulu faire des formations, évoluer, explique cette internaute, on m’a fait comprendre que j’étais la vitrine, qu’on n’attendait rien d’autre de moi que de recevoir les gens.»

«Plus prise au sérieux en étant moins coquette»

Aujourd’hui dans une autre entreprise, après des mois de solitude et un licenciement houleux, Julie réalise. Que tout était joué «depuis mon entretien d’embauche». Qu’une «femme belle et à l'aise veut dire forcément facile, incompétente et dépensière, assure-t-elle. Ce n'est pas forcément un atout, on doit montrer deux fois plus, sinon on peut vite nous mettre sous une cloche.»

Julie, l’ancien agent administratif travaillait dans le domaine du vin, très masculin. Léonie, dans celui de l’automobile. Difficile de ne pas y voir un lien pour Léonie qui remarque que certains hommes «prennent le monde de l’entreprise pour une agence matrimoniale». Persuadée qu’«elle aurait été plus prise au sérieux en étant moins coquette», Julie estime surtout que c’est d’être une femme qui ne facilite pas la vie. «Avec les hommes qui présentent bien, leur apparence reste un atout, juge-t-elle. Je crois que les gens arrivent plus à dépasser ça, et un physique agréable ne devient jamais un boulet.» 

*Le prénom a été changé