Journée sans portable: «Avoir son téléphone au dîner révèle que vous n’êtes pas bien avec votre femme»

Vincent Vantighem

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Michael Stora, psychologue
Michael Stora, psychologue — Gaelle Labarthe

Il a passé des heures sur les réseaux sociaux, les sites de rencontres et sur les jeux en ligne massivement multijoueurs. Psychologue spécialisé dans le décryptage des mondes virtuels, Michaël Stora décrypte pour 20 Minutes l’addiction possible au téléphone alors que se tient aujourd’hui la traditionnelle journée sans portable.

Peut-on devenir accro à son téléphone portable?

On parle d’addiction quand il y a une rupture des liens sociaux réels. C'est-à-dire quand quelqu’un fuit la réalité. C’est le cas lorsque l’on passe plus de temps à communiquer avec des inconnus sur Internet qu’avec sa femme, ses enfants, ses amis… C’est ce que l’on appelle la fragilité narcissique de la société.

>> A Lire: Notre article sur la journée sans portable.

C’est un phénomène nouveau?

Non, parce qu’on n’a pas besoin d’un téléphone portable pour devenir accro à un monde virtuel. En revanche, les téléphones portables, les smartphones amplifient ce phénomène. D’ailleurs, les dépendants affectifs et sexuels anonymes (DASA) alertent sur cela depuis plusieurs années.

Y a-t-il des moyens de repérer quelqu’un qui devient dépendant?

Nous ne devenons pas dépendants au téléphone portable. Mais plutôt aux mondes et à l’univers qu’il nous permet d’intégrer. Si un mec, à table, le soir de la Saint-Valentin place son téléphone sur la table du restaurant, ce n’est pas parce qu’il est accro, c’est plutôt parce qu’il n’est pas bien avec sa femme…

Le téléphone devient alors une prothèse affective. J’appelle ça un doudou sans fil. La mission du doudou, c’est de pallier le manque quand l’enfant est séparé de ses parents et calmer l’angoisse. Avec le téléphone, c’est pareil.

C’est un phénomène inquiétant?

La France demeure une société qui consomme beaucoup de médicaments, notamment d’antidépresseurs. Cela révèle donc la fragilité narcissique de la société et cela prouve que nous n’allons pas si bien que cela.

Le téléphone portable est un outil génial. On peut communiquer, s’en servir utilement ou pas. Il donne l’impression que l’on maîtrise quelque chose. Quand on joue de façon effrénée à «Candy Crush», on passe des niveaux. Dans la vraie vie, ce n’est pas aussi simple. On a plus l’habitude de stagner.