La «journée sans portable»: Une bonne occasion pour enfin décrocher

Vincent Vantighem

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Des jeunes utilisent leur téléphone portable 
Des jeunes utilisent leur téléphone portable  — DURAND FLORENCE/SIPA

«Gaston y a l’téléfon qui son. Et y a jamais person qui y répond.» Phil Marso n’a pas choisi le 6 février par hasard. Ce jeudi, jour de la Saint-Gaston, cet écrivain organise sa traditionnelle journée sans portable. «Attention, ce n’est pas une journée anti-téléphone, prévient l’auteur de «Tueur de portable sans mobile apparent». Plutôt une journée de réflexion pour tous. Les gens peuvent faire un test d’addiction et tenter de se passer de leur mobile vingt minutes, une heure ou plus…» Un vrai challenge alors que 88% des Français ont un téléphone portable, selon une étude du Crédoc parue en 2012.

«Comme par le passé, on s’organise»

Michel est dans la minorité. «Je n’en ai jamais utilisé, explique cet agriculteur installé dans la Drôme. Je pourrais craquer mais je ne veux pas. J’aime l’idée d’être en rébellion contre l’hégémonie des industriels.» Militant, ce quadragénaire reconnaît tout de même «vivre à l’ancienne». «Comme par le passé, on s’organise avec ma femme le matin. Si elle veut vraiment me joindre, elle y parvient toujours…»

A moins d’un réel problème comme une panne de voiture. «Trois ou quatre fois par an, je me dis que cela pourrait m’être utile… Mon drame, c’est qu’il n’y a plus de cabines téléphoniques dans les rues. Mais les gens prêtent facilement leur téléphone…»

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«Je trouvais cela trop cher»

Le cas de Pascale est plus surprenant. Cette Parisienne est secrétaire à… l’Autorité de régulation des communications électroniques (Arcep). «Au départ, je n’en ai pas voulu parce que je trouvais cela trop cher, confie-t-elle dans un grand éclat de rire. Et quand les forfaits à deux euros sont arrivés, je me suis dit que je pouvais m’en passer… Mais j’ai quatre adresses emails!» A 50 ans, elle se souvient avec émotion des fois où, «petite», elle quittait le domicile parental pour «appeler [ses] amoureux depuis une cabine téléphonique»

«On n’est pas des assistés»

Julia est justement amoureuse d’un homme sans portable. Et maman de ses deux enfants aussi. «C’est tout de même contraignant, râle cette Marseillaise. Quand les enfants sont malades et qu’il faut aller les chercher à l’école. Et puis, on est obligé de tout anticiper et de tout gérer.» Et aussi de servir de secrétaire quand un journaliste à la recherche de témoignages cherche à joindre son compagnon…

«Parfois il y a des "loupés", avoue Sébastien, le compagnon en question. Mais on parvient toujours à me joindre en cas d’urgence. J’aime l’idée de fixer des rendez-vous, de consulter un plan avant de me rendre quelque part. On n’est pas des assistés…»

Reste la question des enfants dont tous les copains sont équipés. «Notre fils a 14 ans et il prend le train seul, poursuit Michel. Ma femme lui a acheté un téléphone et je n’ai rien dit. Je trouve ça rassurant.» Les enfants de Sébastien sont encore trop petits. Mais il reconnaît s’être déjà posé la question. «Aujourd’hui je dirai "Non". Quand je vois les jeunes, ils sont sur leur téléphone dès qu’ils ont deux minutes. Ils en oublient de regarder la vie autour d’eux…»

Bertrand Delanöé aussi

On peut être maire de la plus grande ville de France et ne pas avoir de téléphone portable. «C’est le choix» de Bertrand Delanöé, confie son entourage. «Mais attention, il est joignable en permanence puisqu’il est toujours accompagné soit d’un membre du cabinet, soit d’un assistant et d’un garde du corps.» Si cela peut faire rager certains de ses proches, le maire de Paris dispose d’une ligne fixe chez lui «sur laquelle on peut toujours le joindre.»