Comment se reconstruire après le cancer?

Delphine Bancaud

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Entretien d'embauche.
Entretien d'embauche. — JAUBERT/SIPA

Retrouver une vie normale après la maladie. Le 3e Plan cancer annoncé par François Hollande ce mardi  met l’accent sur la période de l’après-cancer, qui peut être difficile à gérer pour les patients. 20 Minutes fait le point sur les principales étapes pour se reconstruire.

Revenir au travail

Selon une étude menée en 2008 par la Maison des patients de l’Institut Curie,  huit patients sur dix reprennent leur activité professionnelle après l'avoir arrêtée pendant le traitement. Mais ils sont 60% à confier souffrir de fatigue, un an après la reprise et avoir du mal à retrouver leur place. Une situation dont est souvent témoin Monique Sévellec, psychosociologue à la Maison des patients. «Il existe un vrai décalage entre les exigences de l’entreprise vis-à-vis du salarié et ce qu’il peut fournir comme effort. Car lors de sa reprise, l’ancien malade n’a plus la même énergie et a du mal à suivre le rythme». Même son de cloche chez Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation ARC: «Deux ans après un cancer 30% des personnes qui étaient en poste avant la maladie ont perdu leur emploi. Car à leur retour au travail, elles sont souvent fatiguées, ont des maux de tête et des pertes de mémoire. Et leur employeur n’a pas adapté leur poste de travail en fonction de ces difficultés». Il existe cependant des solutions, insiste Monique Sévellec: «Il faut préparer son retour dans l’entreprise en rendant visite à son employeur et consulter un médecin du travail. Ce qui permet une reprise progressive ou une éventuelle adaptation du poste de travail», conseille-t-elle. Des points qu’entend justement promouvoir le Plan cancer. Depuis 2012, la Maison des patients a également mis en place  un dispositif d’accompagnement pour faciliter le retour au travail: «Il peut prendre la forme d’entretiens individuels, d’ateliers en petits groupes ou de coaching», explique-t-elle.

Retrouver un emploi

Pour un ancien malade au chômage, décrocher un poste n’a rien d’évident, comme le souligne Axelle Davezac: «Les employeurs ont toujours peur du cancer, car ils craignent la récidive ou le manque de productivité de l’ancien malade». Lorsque la période d’inactivité a été de courte durée, certains candidats préfèrent donc taire leur maladie pour éviter tout risque de discrimination à l’embauche. «Ceux qui jouent carte sur table doivent insister sur le fait qu’à l’heure actuelle en France, un malade sur deux guérit», insiste-t-elle.

Regagner une certaine sérénité

«Alors qu’ils étaient accompagnés au quotidien par toute une équipe médicale (médecins, infirmiers, psychologues…), les anciens malades se retrouvent du jour au lendemain face à eux même et leur famille a tendance à vouloir tourner la page de la maladie. D’où un fort sentiment de solitude», explique Véronique Betteler, cadre infirmier en oncologue du groupe hospitalier Saint Joseph. «La guérison sociale dure souvent plus longtemps que la guérison physique. Les anciens malades ont l’appréhension du vide.  Beaucoup d’entre eux sont aussi tétanisés par la peur de la récidive», poursuit Emmanuel Jammes, délégué à la mission politique de santé à la Ligue contre le cancer. «Mais les groupes de paroles qui sont organisés au sein de nos comités départementaux permettent à chacun de partager ses peurs et d’avancer», souligne-t-il.  

Retrouver une sexualité normale

«Après la maladie, le corps est parfois mutilé et certains traitements entrainent une baisse de la libido. Et ceux qui n’ont plus eu de rapport sexuel pendant leur maladie, ont du mal à redémarrer la machine», observe  Véronique Betteler. Pour surmonter les douleurs physiques et les blocages, les médecins abordent souvent le sujet lors des dernières consultations avec leurs patients. «Les anciens malades doivent réapprendre à aimer leur corps. Le fait d’en parler à un psychologue, sur des forums ou lors de groupes de discussion s’avère aussi salvateur», affirme aussi Axelle Davezac.

Faire à nouveau des projets

Faire un voyage, avoir un enfant, acheter un appartement... Bien souvent l’expérience de la maladie donne envie de changer sa vie. « Certains malades ont une vie plus harmonieuse avant qu’après», souligne Monique Sévellec. Des projets qui ne sont pas toujours faciles à concrétiser, car le cancer laisse des traces. «Acheter un bien immobilier est toujours difficile car les assurances liées aux prêts sont très couteuses pour les anciens malades», souligne Emmanuel Jammes. Une situation qui devrait cependant changer, François Hollande ayant annoncé mardi, l’instauration prochaine d’un «droit à l’oubli» permettant de ne pas faire figurer la mention d’un cancer dans le questionnaire lié à un emprunt…

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