Les enseignants de l’éducation prioritaire se mobilisent contre les dotations horaires

Oihana Gabriel

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Mardi 4 février 2014, des enseignants des Hauts-de-Seine ont organisé un happening pour dénoncer la baisse des moyens dans l'éducation prioritaire.
Mardi 4 février 2014, des enseignants des Hauts-de-Seine ont organisé un happening pour dénoncer la baisse des moyens dans l'éducation prioritaire. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«Peillon où t’es?», chantent les enseignants grévistes du lycée Guy de Maupassant de Colombes (Hauts-de-Seine) sur le parvis de la gare Saint-Lazare. Ce mardi après-midi, ces professeurs détournaient le tube de Stromae et organisaient un happening décalé pour clamer leur colère. Devant les passants étonnés, ils miment un cours de statistiques pour démontrer à l’aide d’un boulier les moyens toujours en baisse… même pour l’éducation prioritaire. Malgré la température glaciale, l’un d’eux abandonne pull et pantalon pour imager cet enseignement élagué.

Un mouvement massif

Après dix jours de grève, les enseignants ont passé la deuxième vitesse et veulent se faire entendre par le ministre de l’Education nationale. Pour les dotations horaires à la rentrée 2014 (volume d’heures dévolu au fonctionnement des enseignements par établissement), ce lycée qui affiche la panoplie complète de l’éducation prioritaire (ZEP, zone violence…) devrait perdre 112 heures. Ce qui se traduirait par plus de 30 élèves en classe, l’impossibilité de dédoubler les groupes et de faire certains travaux pratiques. Une déception partagée par nombre d’établissements puisque selon l’un des grévistes, 27 lycées et collèges du 92 participent à la mobilisation. «Le gouvernement dit qu’il va mettre plus de moyens sur l’éducation prioritaire, mais pour nos élèves les conditions de travail à la rentrée seront dégradées, s’insurge Emmanuelle, enseignante en Sciences économiques et sociales. C’est assez malhonnête. On a largement de quoi demander plus d’aides si on veut vraiment mettre en place l’égalité des chances.»

Certains élèves ont fait le déplacement pour encourager… et filmer leurs professeurs jouant au stand-up. «C’est pour nous qu’ils font ça, sourit Orlando, élève de première reconnaissant. Mais je pense qu’ils devraient fermer toutes les écoles plusieurs jours.» Justement, 17 établissements étaient hier en grève et certains organisent même des «journées mortes». «C’est la première fois qu’on voit une attaque d’une telle ampleur contre l’éducation prioritaire, s’insurge David, un enseignant gréviste. On ne se bat pas pour avoir plus, mais sur les moyens déjà acquis! Ce n’est une mobilisation lancée par un syndicat mais un mouvement massif.»

Une baisse du nombre de ZEP?

L’inquiétude de ces enseignants, c’est que leur lycée perde l’appellation ZEP, et donc les moyens associés. Car selon certains grévistes, le gouvernement souhaite réduire le nombre d’établissement de la géographie prioritaire.

Mais ces enseignants du 92 ne sont pas les seuls à être vent debout contre ces nouvelles répartitions des moyens. En Seine-Saint-Denis aussi la colère gronde. Jeudi, des enseignants des collèges du 93 seront en grève. Dans un communiqué, ils expliquent leur démarche : «La Seine-Saint-Denis compte aujourd'hui 58 établissements classés ZEP et c'est donc par le «déshabillage» de 52 de ces établissements que le ministère finance une réforme qui ne bénéficiera en réalité qu'à six établissements pour tout le département!» Et David de s’offusquer: «Si même en Seine-Saint-Denis on baisse les moyens des ZEP…»