Statut des beaux-parents: «La loi Famille était parfaite, l'abandonner est une honte»

TÉMOIGNAGE avid, beau-père du petit garçon de sa compagne, confie sa déception après le report de la loi Famille...

Christine Laemmel

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«Je suis en colère contre mon pays pour la première fois». Alors que le gouvernement vient de reporter les discussions sur la loi Famille, David, internaute de 20 Minutes, enrage. Blanc de toute allusion à la procréation médicalement assistée, à la gestation pour autrui, principaux points de crispation des manifestants de dimanche, le texte contenait à l’inverse des dispositions créant un statut pour les beaux-parents.

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«Je considère cette décision comme une véritable honte, nous dit David. On avait enfin une avancée logique et dans notre temps, mais non.» Pour au moins un an –le projet sur la famille ne sera pas présenté avant 2015– David retourne donc à son ancien statut. Un non-statut, un vide juridique, qui «ferme les yeux sur la réalité» juge-t-il, et qui concerne 720.000 familles recomposées en France, dont la sienne.

Un statut qui «doit être propre à chaque famille»

Sa réalité, c’est une vie commune avec sa compagne depuis trois ans. Avec eux, chaque jour, chaque matin, Gabin, un petit garçon de 5 ans, que David élève comme son fils. «Je joue exactement le rôle du papa, explique cet internaute. Au début je ne voulais surtout pas prendre la place du père. Mais quand on voit que le couple dure et que le père biologique est relativement absent, les choses se font naturellement.»

De situation de fait, où les actes du quotidien sont vécus à trois, la relation entre David et Gabin est devenue proximité. «Quand il a fallu lui apprendre à se brosser les dents, raconte-t-il, on l’a fait ensemble. Quand il est tombé d’un manège il y a quelques jours, il est venu se blottir contre moi.» Pour le petit garçon, son beau-père, c’est «Doudou», ni David, ni papa, un «entre-deux», qui illustre bien la situation et le texte de loi dont le vote vient d’être repoussé par le gouvernement.

«Assimiler le beau-parent à un parent, c’est compliqué», reconnaît David. Le projet remis dans les cartons, prévoyait lui de mettre à la disposition des familles recomposées des «outils juridiques».  Aucun statut «rigide» des beaux-parents. «Ça doit être propre à chaque famille, appuie David, un texte trop général n’aurait pas été logique. Vraiment, la loi était parfaite.»

«Si le père avait voulu participer, on aurait pris des décisions à trois»

La loi Famille, aurait selon lui, «formalisé une réalité» et «apporté une garantie». Grande peur de David: que se passera-t-il si sa compagne décède? «Elle ne voudrait pas que Gabin retourne avec son père, assure David, c’est une crainte qu’ont beaucoup de parents biologiques et la loi aurait tout changé.»

Et la place du père dans tout ça? «S’il avait voulu participer, on aurait pris certaines décisions à trois, concède David. Mais nous sommes garants de son avenir car nous contribuons à son éducation au quotidien.» A ce titre, David estime que la loi, en agissant «au cas par cas», aurait aussi permis de donner des devoirs à tous les adultes qui sont présents dans la vie de l’enfant. «S’assurer qu’il mange correctement chaque jour, c’est une obligation morale que je me fais, mais le mettre dans une loi responsabiliserait les beaux-parents, et aussi les parents biologiques, qui ont la garde ou pas.»