Isère: Les agresseurs du jeune handicapé mental risquent cinq ans de prison

FAITS DIVERS Ces mineurs seront présentés mercredi devant un juge pour enfants...

Souhir Bousbih avec Manuel Pavard

— 

Google Map de Fontaine, en Isère.
Google Map de Fontaine, en Isère. — GOOGLE

Les quatre jeunes interpellés dans l’affaire de l’agression d’un jeune handicapé, dimanche à Fontaine (Isère), ont été entendus par la justice ce mardi. L’un d’entre eux, âgé de 12 ans, a été relâché dans la journée et ne sera pas poursuivi en raison de son jeune âge. Les deux auteurs principaux, âgés de 14 et 15 ans, interpellés lundi, ont vu leur garde à vue prolongée ce mardi. Le troisième, interpellé ce mardi matin, a lui aussi été placé en garde à vue.

Tous trois seront présentés mercredi à un juge pour enfants et mis en examen pour violences sur personnes vulnérables en réunion causant une ITT de moins de 10 jours, fixation et diffusion d’images violentes, indique le procureur de la République Jean-Yves Coquillat. Ils encourent cinq ans d’emprisonnement et 75000 euros d’amende, une peine divisée par deux en raison de leur statut de mineur. Selon le procureur, «ce sont des délinquants primaires, inconnus des services de police, même si le principal mis en cause, âgé de 14 ans, faisait l’objet d’une assistance éducative » après avoir été renvoyé de son établissement scolaire pour des faits de violence. « Cela appelle d’abord une réponse éducative», ajoute Jean-Yves Coquillat.

Des mobiles très flous

Examiné ce matin par le service de médecine légale, le jeune handicapé, scolarisé dans un Institut médico-éducatif et suivi depuis ses 6 mois, ne présente qu’un hématome sur la joue, cause d’une ITT de trois jours. Selon le procureur, «  la victime et les mis en cause se connaissaient». Pourquoi l’ont-ils violenté ? Les motivations sont très vagues : «  Ils semblent avoir agi par jeu», poursuit le procureur, «pas persuadé» que ces jeunes aient «compris la gravité de ce qu’ils faisaient. Il y aurait aussi un contentieux avec des jeunes du quartier grenoblois de la Villeneuve, une bagarre dont ils rendaient la victime responsable, et une affaire plus sombre de vol dans un supermarché. La victime était une proie facile».

Le système Pharos déclenché

Dimanche soir, l’enregistrement publié sur Facebook, où l'on voit plusieurs garçons malmener le jeune homme déficient mental de 18 ans, a été visionné par des milliers d’internautes. « 65 d’entre eux ont averti la plateforme de signalement du ministère de l’intérieur Pharos, et la police nationale s’est saisie de l’affaire lundi en fin de matinée»,  précise Patrick Mairesse, directeur départemental de la sécurité publique. La page Facebook créée en réaction à la vidéo avait reçu plus de 60 000 likes, ce mardi, en fin d’après-midi. « On a dû agir vite pour éviter le lynchage », ajoute Patrick Mairesse, en référence aux nombreuses menaces adressées aux auteurs de l’agression. « Quand Internet permet de découvrir des infractions, c’est très bien, juge Jean-Yves Coquillat. Mais si Internet devient un déversoir de haine et un ramassis d’appels à la condamnation, il faut s’en détacher. » Le procureur assure que « la justice sera rendue sereinement. L’emballement médiatique est sans rapport avec la gravité des faits », conclut-il.