Procès du Dr Hazout: «Je ne pensais pas qu’on était aussi nombreuses», témoigne une victime

Vincent Vantighem

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Le gynécologue André Hazout arrive au palais de justice de Paris pour le premier jour de son procès pour viols et agressions sexuelles, le 4 février 2014.
Le gynécologue André Hazout arrive au palais de justice de Paris pour le premier jour de son procès pour viols et agressions sexuelles, le 4 février 2014. — THOMAS SAMSON / AFP

Il y a des blondes, des brunes et même deux rousses. Des cheveux courts et des cheveux longs. Bouclés ou pas. Il y a des petites et des grandes. Mais toutes les femmes qui se présentent comme des victimes du docteur André Hazout ont en commun leur histoire douloureuse.

Ce mardi matin, elles ont défilé, une par une, à la barre de la cour d’assises de Paris où ce gynécologue est jugé pour «viols» et «agressions sexuelles». Pour elles, le temps n’est pas encore venu de témoigner. Juste de prendre un rendez-vous sur le calendrier des trois semaines d’audiences prévues. Dos à la salle, le praticien n’a lui, pas levé les yeux sur une seule de ses anciennes patientes, se contentant de trier les feuillets qui constituent le volumineux dossier d’instruction et de décliner sommairement son identité.

 «Quand je vois toutes ces femmes défiler, j’hallucine»

Disciple de René Frydman, le docteur André Hazout aurait profité de la vulnérabilité de femmes en mal d’enfants pour les violer ou les agresser sexuellement. Les premiers faits remonteraient à 1985. De fait, pour la plupart des patientes, les accusations sont prescrites et c’est en simples témoins qu’elles se présentent aujourd’hui devant la justice.

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 «Il m’a embrassée de force. Il m’a prise de force alors que j’étais nue, raconte l’une d’entre elles lors d’une interruption d’audience. A l’époque, je ne pouvais pas imaginer que je n’étais pas la seule. Je ne pensais pas qu’on était aussi nombreuses. Quand je vois toutes ces femmes défiler, j’hallucine!»

 Confondre «une sonde avec un sexe»

Sur le banc des parties civiles, elles ne sont finalement que quatre à s’être déplacées ce matin. Deux autres patientes qui s’estiment victimes n’ont pas la force d’assister à l’intégralité des débats. «Pour ma cliente, c’est trop douloureux, explique ainsi l’avocat Jérôme Wedrychowski. Elle a été la dernière victime du docteur Hazout. Il l’a violée à la fin d’un examen médical.» Lors de l’instruction, le gynécologue s’est défendu en expliquant que cette patiente avait confondu «une sonde avec un sexe». «C’est tout de même très particulier comme défense car elle l’a senti jouir en elle», poursuit l’avocat.

 Une association s’occupe du soutien psychologique

Face à la gravité des faits évoqués et la détresse de ses femmes, le Collectif féministe contre le viol (CFCV) a dépêché une équipe de quatre bénévoles chargée de soutenir les victimes durant toute la durée du procès. «Tout ça les ramène en arrière. Et elles revivent ce cauchemar», témoigne Emmanuelle Piet, la présidente du CFCV.

 Impassible, le docteur Hazout, 70 ans, s’apprêtait, ce mardi en fin de matinée, à écouter le président de la cour d’assises lire l’acte d’accusation, long d’une centaine de pages. Les débats doivent vraiment débuter cet après-midi par son examen de personnalité.