«Lancer de chat» à Marseille: «Cette peine n'a rien à voir avec l'esprit de justice, c'est une pure punition»

INTERVIEW L'agresseur d'Oscar a été condamné à un an de prison ferme. Une décision extraordinaire selon Gilles Devers, avocat...

Christine Laemmel

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20 Minutes

 Après avoir ému les internautes, le cas d’Oscar, ce chat maltraité par un homme qui avait filmé ses actes, a été tranché ce lundi par le tribunal correctionnel de Marseille (Bouches-du-Rhône). Farid Ghilas, 24 ans, a été condamné à un an de prison ferme. Une peine d'interdiction définitive de détention d'animaux a également été prononcée à son encontre. Après une forte mobilisation du Web et une arrestation éclair, le jugement est-il surprenant? Gilles Devers, avocat et créateur du blog Actualités du droit sur 20 Minutes, nous répond.

Un an ferme pour avoir martyrisé un chat, est-ce sévère?

C’est très sévère! Bon, l’individu a été condamné plusieurs fois, ça compte aussi, et un an, c’est la moitié du maximum légal pour «cruauté envers les animaux», mais c’est une innovation totale. Dans ces cas-là, la norme c’est un peu de ferme, pour l’effet épée de Damoclès, et une part de sursis avec des rendez-vous avec un psychologue. Une mise à l’épreuve peut aussi être choisie avec une sanction financière au bénéfice d’une association de protection des animaux. Même au regard de la logique judiciaire, c’est très inhabituel.

Les internautes se sont largement mobilisés. Cette émotion peut-elle expliquer le jugement?

J’aimerais dire que non mais… Parfois, les juges prennent des décisions surprenantes. Ça n’a rien à voir avec l’esprit de justice, c’est une pure punition. Déjà la comparution immédiate y fait beaucoup. Mais le fait que des associations se soient déplacées a aussi joué.

Au vu des sanctions habituelles en matière de violence, que signifie cette peine?

Un parallèle me vient avec les procédures pour violences contre les femmes. Un an ferme, pour violences contre épouse, ce serait exceptionnel. Mais dans ces cas-là, la prison ferme est rarissime. Tous ceux qui pratiquent les audiences correctionnelles le savent. Souvent, les cas n’arrivent même pas jusqu’au tribunal, et sont traités en maison de justice. Il faut arriver à discuter dans un couple, c’est ce qu’on dit aux victimes. Ce cas de maltraitance animale pose vraiment le débat de la protection des animaux. Mais oui, les gens aiment mieux les chats que les hommes.