Rwanda: Un présumé génocidaire jugé à Paris, une première historique

Vincent Vantighem

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Photo de Pascal Simbikangwa illustrant sa fiche Interpol.
Photo de Pascal Simbikangwa illustrant sa fiche Interpol. — HO / INTERPOL / AFP

Sur la seule photo connue de lui, Pascal Simbikangwa n’est pas très impressionnant. Chétif, on le voit un peu rabougri sur son fauteuil roulant. A peine son uniforme militaire parvient-il à lui donner un peu d’allure. C’est cet homme, aujourd’hui âgé de 54 ans, qui sera jugé, à partir de ce mardi, par la cour d’assises de Paris pour «complicité de génocide» et «complicité de crimes de guerre». Des faits si graves qu’ils ont été rendus imprescriptibles par le Code pénal.

800.000 morts en treize semaines

Vingt ans après, au titre de «la compétence universelle», la France va donc juger pour la première fois sur son sol un présumé génocidaire rwandais. Car, c’est bien sur le sol français –Mayotte en l’occurrence- que Pascal Simbigankwa a été arrêté en 2008.

A l’époque, il se faisait appeler Safari Senyamuhara. Et il était impliqué dans un trafic de faux papiers. Mais quand les enquêteurs ont remonté le fil, ils se sont aperçus que cet homme était tout simplement recherché par Interpol pour sa participation présumée au génocide rwandais qui coûta la vie à 800.000 personnes en treize petites semaines de l’année 1994.

Il frappait la plante des pieds des opposants

Rendu paraplégique par un accident de voiture en 1986, Pascal Simbikangwa n’est pas «celui qui a tenu la machette», comme l’explique à 20 Minutes Simon Foreman, avocat du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR). «Membre des services de renseignement, il serait plutôt parmi ceux qui ont orchestré le génocide, qui ont donné les instructions…» On le soupçonne ainsi de faire partie de «l’akazu» (petite maison), le nom que l’on donnait au premier cercle du pouvoir hutu.

>> Lire le portrait d'Alain et Dafroza Gauthier

Début 1994, avant même le début du génocide, l'ONG Human rights watch (HRW) le dit, dans un rapport, «connu pour avoir torturé de nombreuses personnes détenues par la police secrète» et évoque des menaces de mort publiques contre une militante rwandaise des droits humains.

Les documents parlent ainsi de son goût pour frapper la plante des pieds d’opposants attachés devant lui. Il lui est aussi reproché d’avoir fourni des armes aux hommes placés sur les barrages qui éliminaient méthodiquement les Tutsi qui s’approchaient pour fuir.

«Il ne comprend pas pourquoi il est là»

La France a prévu quasiment deux mois d’audiences pour le juger. Il faut dire que vingt ans après, à plus de 6.000 kilomètres des lieux où les faits se sont produits, les débats s’annoncent longs et houleux. Le dossier ne fait état que de peu de preuves permettant d’accuser officiellement Pascal Simbikangwa. «La difficulté, c’est que le dossier repose principalement sur des témoignages, y compris sur des témoignages de gens qui sont morts depuis…», concède Simon Foreman.

L’accusé l’a bien compris et s’engouffre dans la brèche. «Depuis le début, il nie les faits, il ne comprend pas pourquoi il est là», expliquent ses avocats Alexandra Bourgeot et Fabrice Epstein. Lui-même ne se reconnaît pas comme étant Pascal Simbikangwa mais dit être victime d’un amalgame.

Le premier d’une longue liste?

Fondateur avec son épouse du CPCR, Alain Gauthier ne ratera aucune journée d’audience. Retraité, il attend ce moment depuis plus de dix ans. Depuis qu’il s’est mis en chasse avec son épouse, Dafroza, de retrouver tous les génocidaires rwandais qui seraient exilés en France. «Simbikangwa peut être le premier d’une longue liste», rappelle ce militant. Dans son bureau, il aligne méthodiquement les dossiers des vingt-cinq Rwandais contre qui il a déposé plainte en une dizaine d’années. «Avec du temps et des moyens, il y en aurait cinquante de plus…»