Procès du dr Hazout: Quand les anciennes patientes s'épanchent sur Internet

Vincent Vantighem

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Un spéculum servant aux examens gynécologiques et du matériel pour effectuer un frottis vaginal.
Un spéculum servant aux examens gynécologiques et du matériel pour effectuer un frottis vaginal. — AFP PHOTO DIDIER PALLAGES

Des pages et des pages. Qui se terminent invariablement par des messages d’insultes. C’est d’abord sur Internet que les soupçons contre André Hazout ont commencé à circuler. Alors que ce gynécologue de renom sera jugé, à partir de ce mardi, pour «viols» contre certaines de ses patientes, les forums de discussion consacrés à la grossesse gardent encore aujourd’hui en mémoire les traces d’échanges inquiets entre celles-ci.

>> A Lire: notre article sur les enjeux du procès

La première à avoir posté un message s’appelle Catherine. Cela date de 2005. En racontant ses mésaventures avec le gynécologue, la jeune femme ne s’attendait pas à recevoir autant de réponses. En quelques semaines, une vingtaine de femmes lui emboitent le pas. Elles racontent les consultations pendant lesquelles le praticien «froid» et «antipathique» devient, en un éclair, «convivial» et «charmeur».

«Un bon gros gode ceinture»

«Il m’a embrassée et prise dans ses bras», raconte l’une d’entre elle. «Alors que j’étais nue, il m’a embrassée de force et tenue de force… Voilà… Je n’ai pas averti l’ordre des médecins mais j’ai hésité… mais je ne suis jamais retournée le voir.» «Il a utilisé un nouveau speculum, raconte une autre. Il m’a dit ‘’Il s’agit d’un bon gros gode ceinture, tu feras moins ta maligne après ça.’’»

Après le premier dépôt de plainte en 2005, les enquêteurs n’ont finalement eu qu’à allumer leur ordinateur pour cerner le personnage du docteur André Hazout. Ils se sont servis des messages pour retrouver les patientes, les interroger et vérifier les faits. Se faisant,  ils ont pu se rendre compte de l’emprise qu’il pouvait exercer sur certaines de ses patientes. «Grâce à lui, combien d’enfants sont nés? Combien de femmes désespérées ont été satisfaites? Des centaines?» le défend l’une d’entre elles. «Je trouve que c’est un génie même s’il a pu déraper un peu, poursuit une autre. Et puis certaines ont certainement dû l’allumer un peu, alors avec sa faiblesse…»

«Mon mari a eu envie de lui casser la gueule»

Cette emprise d‘un homme sur des «femmes vulnérables» sera, à n’en pas douter, au cœur du procès qui s’ouvre ce mardi. Célia*, l’une des parties civiles, la résume en une phrase: «Quand il m'a conduite à l'acte sexuel, j'étais au tout début d'une nouvelle tentative de fécondation in vitro. C'était impossible d'arrêter ses agissements. A moins de tirer un trait sur mon désir d’enfant…»

D’où la réaction de certains couples. «Mon mari a eu envie de lui casser la gueule. C’est moi qui l’ai retenu. J’étais enceinte. On attendait ça depuis longtemps, je n’avais pas envie d’une histoire sordide», témoigne une autre patiente. Le docteur Hazout, lui, a admis avoir eu des rapports avec quelques patientes. Mais selon lui, elles étaient toutes «consentantes».

* Le prénom a été changé