IVG: L'écrivain Annie Ernaux trouve les jeunes filles trop peu mobilisées

SOCIETE Car un retour à l'avortement clandestin ne paraît plus impensable à ses yeux...

A. Le G.

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L'écrivain Annie Ernaux
L'écrivain Annie Ernaux — PIERRE-FRANCK COLOMBIER / AFP

La romancière Annie Ernaux, qui a raconté dans «L'Evénement» l'avortement clandestin qu'elle a subi en 1964 estime que les jeunes femmes ne sont «pas suffisamment mobilisées» pour défendre le droit à l'IVG.

Retour vers l'avortement clandestin

Celle qui a dû subir un avortement clandestin à 23 ans raconte cela dans un entretien à L'Humanité et alors que des dizaines de milliers de personnes ont manifesté ce week-end en France et dans plusieurs pays d'Europe contre un projet de loi anti-IVG adopté en Espagne par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.

Plusieurs milliers d'opposants à l'avortement ont manifesté parallèlement le 19 janvier à Paris, à la veille de l'examen à l'Assemblée d'un texte incluant des dispositions visant à consolider l'accès à l'IVG en France, voté le 28 janvier.

«Est-ce si impensable d'imaginer le retour vers l'avortement clandestin ?», s'interroge l'écrivain, qui a fait partie du Mlac (Mouvement de libération pour l'avortement et la contraception) et auparavant du groupe Choisir de la féministe Gisèle Halimi.

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Entrer dans le combat

«J'ai envie de nouveau d'entrer dans ce combat. Il reste que je suis effarée que l'Espagne en arrive à cette régression», déplore-t-elle.

«On ne sait plus ce que subir un avortement clandestin veut dire. C'est cela qui me fait peur», ajoute-t-elle.

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«L'Evénement» et la loi du silence

Son roman «L'Evénement», publié en 2000, «était une façon de prendre part au militantisme» dit-elle, mais il a été «accompagné d'une sorte de loi du silence», beaucoup de médias estimant, selon elle, que «ce combat était dépassé».

«C'est l'époque (1964) où toutes les femmes avaient peur de se retrouver enceintes, il n'existait pas de contraception. Le manque d'imagination ou l'amnésie sur cette période permet qu'on laisse faire ce qui ne devrait jamais se reproduire», souligne-t-elle, disant avoir payé «400 francs à la faiseuse d'anges».

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«C'est cela qui risque d'arriver en Espagne: trouver l'argent et l'adresse des avorteurs», ajoute-t-elle.

Interrogée sur le message qu'elle souhaiterait adresser aux jeunes femmes, la romancière répond qu'«il faut absolument qu'elles se mobilisent».

«Il me semble qu'elles ne sont pas suffisamment mobilisées. Il y a des militantes, mais le gros des filles ne luttent pas au niveau qu'il faut», estime-t-elle.