Prévenir le suicide, c’est l’affaire de chacun

SOCIETE A l’occasion des journées nationales pour la prévention du suicide, les associations appellent chacun à s’engager…

Audrey Chauvet

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Une jeune femme déprimée.
Une jeune femme déprimée. — JACQUEMART/ISOPIX/SIPA

Vingt-sept personnes se donnent la mort chaque jour en France et 700 tentent de le faire. Le suicide est la huitième cause de décès dans le pays et malgré la création d’associations, les structures de prise en charge des personnes en mal-être, susceptibles de passer à l’acte, manquent cruellement de moyens, notamment humains. Pour susciter les vocations, l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS) organise ce mercredi une journée nationale de mobilisation sur le thème de l’engagement.

Les médecins ne suffisent pas

«Une conduite suicidaire a des origines multiples, explique Marc Fillâtre, vice-président de l’UNPS, psychiatre et président de l’association régionale Vies37. La prise en charge médicale ne peut donc pas suffire.» Si les médecines préventives, notamment la médecine scolaire et celle du travail, intègrent de plus en plus une dimension préventive sur les risques «psycho-sociaux», les personnes qui n’ont pas accès à ces structures restent seules face à leur médecin traitant. A qui, bien souvent, elles n’osent pas parler de leurs idées noires: «Les personnes qui appellent nous disent qu’elles n’osent pas en parler à leur médecin pour ne pas lui faire peur ni à leur psychiatre par peur d’être hospitalisé», témoigne Pascale Dupas, écoutante bénévole à l’association Suicide écoute.

De leur côté, les médecins généralistes ne sont pas souvent formés à recueillir les confidences des personnes aux tendances suicidaires ou n’en ont simplement pas le temps. «Prendre le temps d’écouter quelqu’un nécessite d’oublier la pression de la salle d’attente, reconnaît Matthieu Lustmann, médecin généraliste et sociologue de la santé. Les médecins doivent aussi oser poser des questions: un adolescent qui revient trop souvent au cabinet, il faut s’interroger.»

Des gestes simples pour éviter l’isolement

Psychologues, travailleurs sociaux, infirmières, associations… Personne n’est réellement en charge de prévenir le suicide, mais chacun peut à son niveau repérer les signes de tendances suicidaires. «Cela peut aussi être le fait de monsieur et madame Tout-le-monde, estime François Jeannot, président de la fédération des Portes ouvertes, des structures d’accueil et d’écoute. La prévention du mal-être en général passe par le lien social, le respect, l’écoute, l’attention à son voisin, son collègue, son camarade…» Des gestes qui peuvent sembler anodins comme dire bonjour, sourire, prendre des nouvelles, peuvent éviter de sombrer dans l’isolement qui conduit parfois à commettre l’irréparable. Pascale Dupas entend souvent des personnes en détresse lui dire «Heureusement que la caissière m’a dit bonjour aujourd’hui».

Si «parler de suicide avec quelqu’un que l’on sent fragile ne le fera pas passer à l’acte», assure le psychiatre Marc Fillâtre, attention toutefois à ne pas chercher à devenir un super-héros ou à commettre des impairs. Il existe de nombreuses structures avec des personnes formées à cela qui peuvent venir en aide à une personne en détresse. «Si vous observez quelqu’un dont le comportement se modifie, dont le caractère change à la suite de bouleversements dans son environnement, il faut être vigilant, conseille Matthieu Lustmann. Même si les signes sont très divers d’une personne à l’autre, ces modifications brutales de la façon d’être peuvent inciter à contacter un médecin ou un psy.»