Le co-logis, une solution novatrice pour les ménages touchés par Alzheimer

Oihana Gabriel

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Madeleine et Roger ont testé pendant une semaine le co-logis Alzheimer dans le Gers et ont été convaincus par cette colocation solidaire.
Madeleine et Roger ont testé pendant une semaine le co-logis Alzheimer dans le Gers et ont été convaincus par cette colocation solidaire. — Laurent Bernier

«Un séjour pas triste». Voilà comment Madeleine Bitrou, 76 ans, se remémore cette semaine passée dans un co-logis dans le Gers en juin 2013. Avec Roger, son mari malvoyant et souffrant d’Alzheimer, elle a partagé, pour une semaine test, une colocation de l’association qui propose des Co-logis Alzheimer. Le principe: faire cohabiter trois couples dont l’un des époux est atteint par cette maladie. Et s’entraider pour les tâches ménagères dans un esprit familial. Dans ce pavillon adapté, une dame de compagnie aide pour les transports et l’organisation, mais chacun doit participer aux courses, cuisine ou jardinage en fonction de ses capacités. Et un kiné, un coach et un psychologue viennent rendre visite une ou deux fois par semaine aux pensionnaires. Un intermédiaire original entre la maison de retraite souvent repoussante et le maintien à domicile solitaire, coûteux et bien souvent dangereux. Forte d’un bilan positif de cette semaine pilote, l’association ouvre son premier co-logis Alzheimer pérenne à Saint-Avertin, près de Tours et organise une journée portes-ouvertes vendredi 7 février.

Quelques heures de liberté pour l’aidant

«Il ne faut pas résumer une personne à sa maladie», plaide Marc Cohen, gériatre et directeur de l’association. «En moyenne les patients vivent douze ans avec Alzheimer. Et dans la moitié des cas, c’est le conjoint qui porte une attention 24h sur 24. Des études ont d’ailleurs montré que l’espérance de vie est moindre pour un aidant que pour quelqu’un du même âge qui n’a pas ce quotidien éreintant.» 

Le co-logis représente une chance pour les conjoints dévoués de s’offrir quelques heures de liberté. «En huit jours dans le Gers, Roger ne m’a pas réclamé», avoue Madeleine, ravie. Il avait toujours quelqu’un avec qui parler.» Cette rencontre permet aussi de libérer la parole. «Certains n’osent pas parler de ce qu’ils ne supportent pas, reprend cette mère de six enfants. Parfois le binôme a moins de patience pour son conjoint malade qu’un tiers».

Retrouvez l'interview de Laurent Bernier, à l'origine du projet.

Partager les repas

Pour les aidés aussi, l’expérience se révèle concluante. «Vivre avec d’autres malades les libère, ils sont plus détendus», assure le Marc Cohen, spécialiste de la maladie d’Alzheimer. Au point que certains réapprennent certains gestes. «Roger était capable de mettre la table pour huit personnes, confirme Madeleine. Et il ne prenait même plus sa canne dans la maison!»

Mais cette colonie originale ne marche que si les colocataires s’adaptent à la vie en commun. Car si chaque couple a sa chambre (au rez-de-chaussée), ils partagent les pièces à vivre et leurs repas. «C’est vrai qu’il faudra du temps et de la pédagogie pour que cette idée de collectivité fasse son chemin, admet Marc Cohen. Mais les ministres réfléchissent à ce genre de solution.»

Pendant cette semaine test, après des mises au point sur les allergies et autres régimes sans sel, les colocataires ont élaboré un menu pour tous. «Les gens veillaient alors que d’habitude ils se couchent à 19h», reprend le gériatre. Madeleine et Roger, convaincus par cette première expérience, ont donc accepté de participer un mois au nouveau co-logis de Saint-Avertin. «Pour essayer de rapprocher les couples, confie Madeleine. Nous on ne se connaissait pas, mais on s’est baladé, on a beaucoup discuté et pas mal rigolé. Cela nous offert un petit recul.» S’installer pour toujours dans cette colocation solidaire? L’idée mérite réflexion. «On s’est rendu compte qu’on pouvait concilier la vie en collectivité avec cette maladie. Mais je ne sais pas si je suis prête à renoncer à mes habitudes, à mon appartement….»