Le co-logis Alzheimer: «Ils ont une immense aspiration à vivre»

Oihana Gabriel

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Ce pavillon à Saint-Avertin (37) accueillera dès la fin du mois le premier co-logis Alzheimer de France.
Ce pavillon à Saint-Avertin (37) accueillera dès la fin du mois le premier co-logis Alzheimer de France. — Laurent Bernier

Laurent Bernier, à l’origine des co-logis Alzheimer, explique sa démarche pour sortir de l’isolement et de la dépendance les couples touchés par cette maladie. Le principe: faire cohabiter trois couples dont l’un des époux est atteint par cette maladie. L’association ouvre son premier co-logis Alzheimer pérenne à Saint-Avertin, près de Tours et organise une journée portes-ouvertes vendredi 5 février.

Pourquoi proposer ces co-logis aux malades d’Alzheimer?

Ce genre d’organisation existe en psychiatrie avec des appartements thérapeutiques mais pas pour la maladie d’Alzheimer. L’augmentation du nombre de malades d’Alzheimer est une certitude, c’est  comme le vieillissement de la population. On sait aujourd’hui qu’il y a plus d’un million de malades en France, dont beaucoup qui l’ignorent, et 100.000 malades en plus par an. Mais faire des projections, c’est trop anxiogène... On a tendance à traiter les malades d’Alzheimer, comme une espèce à part. Mais ce n’est pas la baleine à bosse, ce sont les gens comme vous et moi si on vit assez vieux. On est dans le déni. Avec cette solution, l’aidant a les moyens d’accomplir son choix le plus longtemps possible. Et il n’est pas obligé de se sacrifier.

Quelles leçons avez-vous tiré de cette semaine de test dans le Gers?

Au début, on s’imaginait qu’ils seraient épuisés. En fait, ils ont une immense aspiration à vivre. On a modifié des petites choses comme les activités. Les encadrants n’ont pas besoin d’être moteur mais seulement d’aider les choses à se faire. Au lieu d’être dans une relation anxiogène avec l’aidant, le malade voit d’autres personnes.

Il y a d’autres ouvertures de co-logis Alzheimer prévues?

Dès qu’on a trouvé la maison, on espère ouvrir un deuxième co-logis dans le Rhône. Et dans un an, l’objectif serait d’en avoir entre 10 et 20 en France. On aide ces couples, mais à notre échelle, on parle de 30 couples sur 500.000, alors autant rester modeste.

Vous parlez de location sociale, pourtant certains voient cette solution comme onéreuse…

Notre mission, c’est d’apporter une solution aux aidants et faire en sorte qu’un maximum de personnes puisse y accéder. Les très pauvres ont des aides, les très riches ont une ou même trois personnes à domicile, mais les classes moyennes ont besoin de soutien. A Saint-Avertin, la location, avec toutes les charges reviendra à 2.200 euros pour un couple. Quand ils vivent chez eux, surtout les locataires, ils dépensent la même chose.