Le gynécologue de renom André Hazout jugé, ce mardi, pour des viols sur ses patientes

Vincent Vantighem

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La clinique de la Muette où exerçait le gynécologue André Hazout.
La clinique de la Muette où exerçait le gynécologue André Hazout. — OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

Les premières lettres de plaintes remontent à 1985 et 1986. Elles évoquent des «baisers», des «mains qui glissent sur les fesses» ou «la poitrine»... Mais c’est bien pour «viols» et «agressions sexuelles» qu’André Hazout doit comparaître, à partir de ce mardi, devant la cour d’assises de Paris. Gynécologue de renom décoré de la Légion d’honneur, cet homme âgé de 70 ans est accusé d’avoir violé et agressé plusieurs de ses patientes lors des consultations qui se tenaient notamment à la clinique de la Muette dans le 16e arrondissement de Paris.

«En tout, six femmes sont aujourd’hui parties civiles, détaille Claude Katz, avocat qui défend l’une d’entre elles. Deux l’accusent d’agressions sexuelles. Les quatre autres de viols.» Mais il y aurait beaucoup plus de victimes. «Malheureusement pour la plupart d’entre elles, les faits sont prescrits», poursuit l’avocat. Le parquet a ainsi fait citer comme témoins 27 femmes qui ne peuvent plus poursuivre le docteur mais s’estiment néanmoins victimes.

«Elles le considéraient comme un sauveur, un bon Dieu»

Dans le dossier de 240 pages, toutes racontent la même histoire. Le désespoir de ne pas parvenir à concevoir un enfant. Les tentatives infructueuses. Les consultations à répétition. Et finalement l’espoir ultime qu’elles ont placé dans les mains du docteur Hazout, disciple de René Frydman et connu comme l’un des meilleurs spécialistes au monde de l’insémination artificielle. «Elles ont fermé les yeux parce que cet homme était devenu leur seule chance d'avoir un bébé, confirme Claude Katz. Elles le considérait comme un sauveur, un bon Dieu.»

>> A Lire: Les témoignages des patientes du Dr Hazout.

La plupart n’auraient ainsi pas réagi quand le praticien s’est mis à les tutoyer. Mais, de consultation en consultation, les «bisous sur la joue» se seraient transformés en attouchements puis en viols brutaux sur la table d’examen gynécologique ou à même le sol du cabinet. «Quand il m'a conduite à l'acte sexuel, j'étais au tout début d'une nouvelle tentative de fécondation in vitro, raconte ainsi l'une d'entre elles à 20 Minutes. C'était impossible d'arrêter ses agissements. A moins de tirer un trait sur mon désir d’enfant…»

Finalement radié en 2013

Prévu pour durer près de trois semaines, le procès du docteur Hazout sera, à n’en pas douter, également celui d’une corporation qui est accusée d’avoir fermé les yeux sur ses agissements. «Beaucoup de gens dans le milieu médical savaient», accuse une source judiciaire. Le professeur Frydman, lui-même, dit avoir eu connaissance de «rumeurs» mais d’aucun «élément concret».

Contacté par 20 Minutes en octobre 2012, Irène Kahn, présidente du Conseil de l’ordre des médecins en Ile-de-France reconnaît avoir reçu des «lettres de doléances» dès les années 1985, 1986. «Les patientes parlaient alors de bisous, de mains aux fesses. A l’époque, on l’a convoqué pour lui dire de se tenir à carreau.» Mais après? Plus rien jusqu’en 2013 où le conseil de l’ordre décida finalement de le radier après avoir été condamné par la cour administrative d’appel pour son inertie.

«Trust me! I am a doctor»

Niant les faits durant quasiment toute l’instruction, André Hazout -dont les avocats n’ont pas voulu répondre aux questions de 20 Minutes- a finalement admis avoir eu des rapports sexuels avec quelques patientes, expliquant que ces-dernières étaient consentantes.

«Je comprends qu'elles se soient laissées entraîner par mon charme […] je ne pensais pas qu'elles m'idolâtraient à ce point», a-t-il lâché aux enquêteurs, évoquant même la possibilité d’être le géniteur des enfants de certaines de ses patientes. Aujourd’hui, elles se souviennent toutes avec effroi de la pancarte que le spécialiste avait affichée dans son bureau. Il y était écrit: «Trust me! I am a doctor*.»

 *Faites moi confiance, je suis médecin.