«Jamais je n’aurais cru qu’acheter un appartement ici allait me causer tant de problèmes»

Delphine Bancaud

— 

Clichy sous bois le 23 janvier 2014. Remise du rapport sur le mal logement par la Fondation Abbe Pierre. Co propriétaires d'un immeuble du quartier du Chene Pointu en situation de precarite ou de sur endettement. Delabrement et impossibilite de payer les charges ou de revendre leur bien
Clichy sous bois le 23 janvier 2014. Remise du rapport sur le mal logement par la Fondation Abbe Pierre. Co propriétaires d'un immeuble du quartier du Chene Pointu en situation de precarite ou de sur endettement. Delabrement et impossibilite de payer les charges ou de revendre leur bien — A. Gelebart / 20 Minutes

Il est 13h ce jeudi et Marie-Louise*, 68 ans, vient de récupérer son courrier et doit monter six étages à pied pour regagner son appartement. Un effort qu’elle fournit plusieurs fois par jour, l’ascenseur de son immeuble de la cité de l’Etoile du chêne pointu de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) étant hors service depuis 2007. Comme des millions de Français, elle habite une copropriété dégradée. Des conditions de vie difficiles sur lesquelles insiste le 19e rapport de la fondation Abbé Pierre publié ce vendredi.

«Jamais je n’aurais cru qu’acheter un appartement ici allait me causer tant de problèmes», confie Marie-Louise. Construites dans les années 60, les copropriétés du Chêne-Pointu comptent 1.500 logements où résident 6.000 habitants. «Je suis devenue propriétaire de mon 55 m2 en 2002. A l’époque, l’immeuble était agréable, les murs étaient propres, il y avait un ascenseur et même un interphone», se souvient Marie-Louise, qui était alors agent d’entretien pour une entreprise. Mais peu à peu, la physionomie de la cité change. Beaucoup de propriétaires ne parviennent pas à payer leurs charges. Faute d’entretien, l’immeuble se détériore peu à peu: fuites dans la toiture, halls d'entrée et cages d'escalier tagués, fenêtres cassées, problèmes d’isolation thermique, parties communes souillées… «Avant, le hall d’entrée avait une porte et les boîtes aux lettres étaient nickel», regrette  Marie-Louise. En 2011, des cas de tuberculose ont même été détectés dans la cité.

Impossible de revendre son appartement

De multiples dégradations qui ont fait flamber les charges de copropriété, alors qu’entre-temps, Marie-Louise a pris sa retraite. «J’ai 800 euros de revenus mensuels, mais je dois rembourser 350 euros pour mon prêt immobilier auxquels s’ajoutent 1.200 euros de charges à régler tous les trimestres», détaille-t-elle. «J’ai essayé de vendre mon appartement, mais personne ne veut acheter dans le secteur, d’autant que c’est ici qu’ont démarré les émeutes urbaines en 2005». Une situation inextricable pour la retraitée, qui a fini par constituer un dossier de surendettement. «Depuis mai 2012, mon prêt est gelé, j’arrive tout juste à payer mes charges», explique-t-elle. Mais ses traites devraient repartir à partir de mai 2014, sauf si elle obtient un nouveau délai.

En attendant, Marie-Louise se réveille tous les matins dans un appartement qui fait peine à voir et qu’elle ne peut restaurer, faute de moyens. La peinture est écaillée, plusieurs murs ont été mangés par l’humidité, la porte de la salle de bain ne ferme plus, les plafonds portent les traces de vieux dégâts des eaux et dans certaines pièces, le papier peint part en lambeaux. Cerise sur le gâteau: l’électricité n’est plus aux normes. «Le compteur disjoncte souvent et je reçois parfois des décharges d’électricité, c’est très dangereux», s’inquiète Marie-Louise. Et pas moyen pour elle de demander un coup de main à ses voisins pour faire des travaux. «Ici personne ne s’intéresse à personne», déplore-t-elle.

Une lueur d’espoir est née en septembre 2012, lorsqu’un plan de plusieurs dizaines de millions d'euros financé par l'Etat, la région et la mairie de Clichy a été annoncé pour réparer les ascenseurs et rénover certains logements du Chêne Pointu. On parlait même de racheter certains appartements aux copropriétaires les plus en difficulté. «Mais pour l’instant, je ne vois rien venir», regrette Marie-Louise, qui doit monter marche par marche son caddie de courses chaque semaine.

*Le prénom a été changé