Rapport de la Fondation Abbé Pierre: Etre propriétaire et souffrir malgré tout du mal-logement

Delphine Bancaud

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Les habitants de cette copropriété de Bondy (Seine-Saint-Denis) doivent se passer de chauffage et d’eau chaude depuis deux mois. Ici, le 9 janvier 2013.
Les habitants de cette copropriété de Bondy (Seine-Saint-Denis) doivent se passer de chauffage et d’eau chaude depuis deux mois. Ici, le 9 janvier 2013. — VINCENT WARTNER / 20 MINUTES

«Etre propriétaire ne signifie pas toujours qu’on s’en est sorti et qu’on vit dans le confort», souligne Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Une réalité bien décrite par le 19e rapport sur le mal-logement de la Fondation, rendu public ce vendredi, qui insiste sur les conditions de vie difficiles des personnes vivant dans une copropriété dégradée

Un phénomène en expansion car selon le rapport, actuellement un million de logements seraient situés dans des copropriétés dégradées. Avec des problématiques différentes selon la période de construction des immeubles. «Certains logements ont besoin de gros travaux d’amélioration de la performance énergique, d’autres d’entretien du bâti, de réfection de toiture…» explique Patrick Doutreligne.

Des dommages du temps qui ont fait flamber les charges de nombreuses copropriétés ces dernières années alors même que les habitants de ces immeubles se sont précarisés avec la montée du chômage. Conséquence: le coût lié au logement représente en moyenne 44% des ressources des copropriétaires et 60% pour ceux qui n’ont pas fini de rembourser leur prêt.

Un cercle vicieux

«Du coup, certains travaux sont différés et certaines personnes ne peuvent plus payer leurs charges», constate Patrick Doutreligne. Un cercle vicieux qui aggrave encore la situation des habitants de ces copropriétés dégradées. Dans certains immeubles, les ascenseurs ne sont plus remplacés, les travaux de réfection du chauffage ne sont pas effectués, la toiture n’est plus réparée, l’électricité n’est pas mise aux normes, les parties communes sont dégradées… Certains immeubles «présentent des signes d’insalubrité avancée, voire de danger immédiat», s’inquiète même le rapport.

Une absence de confort qui peut parfois faire fuir les locataires de ces copropriétés dégradées, mais rarement les copropriétaires. «Leur bien s’est tellement déprécié qu’ils ne peuvent pas le vendre, ou alors à un prix dérisoire. Ils sont donc condamnés à rester et se sentent piéger», affirme Patrick Doutreligne.

Pour lutter contre ce phénomène, la Fondation Abbé-Pierre recommande tout d’abord de mieux repérer les copropriétés en danger et de renforcer la capacité d’intervention de l’Etat et des collectivités locales sur les immeubles les plus dégradés. Des solutions difficiles à mettre en œuvre en période de restriction budgétaire…