Circoncision: «Opéré à 9 ans, j'ai choisi de restaurer mon prépuce»

TÉMOIGNAGES lusieurs internautes circoncis évoquent cette modification de leur pénis, de l'«acte banal» à la «mutilation»...

Christine Laemmel

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IPON-BONESS

 «Je suis circoncis et je m’en porte très bien». Ader, comme d’autres internautes de 20 Minutes, ne comprend même pas le débat. La question de la section du prépuce agite pourtant l’Europe depuis plusieurs mois.

Alors que l’Allemagne l’a jugée illégale en 2012, que l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a adopté la résolution 1952 la classant parmi les «violations de l'intégrité physique des enfants», qu’en pensent les concernés? «Acte hygiénique», simple «suppression d’une pellicule de peau», ou «mutilation» comparable à l’excision, des internautes circoncis réagissent.

«J’ai entendu dire que ça limitait la transmission du VIH»

«Je n’en ai aucun souvenir», nous dit Hicham. Comme beaucoup d’internautes, le jeune homme de 21 ans a été opéré très jeune. A 2 ans pour lui, 3 ans pour Galza, parfois avant. Aucune image, «aucune douleur» nous dit ce dernier, aucun traumatisme donc, ce qui fait dire à Hicham comme à d’autres qu’il ne «voit pas le problème».

Mieux, en fouillant un peu, la plupart saluent les bienfaits de la circoncision, avérés ou légendaires. «Pour l’hygiène, c’est meilleur, assure Hicham. J’ai même entendu dire que ça limitait la transmission du VIH.» Pas de «décalottage», moins de «profusion de bactéries», félicitations des partenaires sexuels, les vertus du procédé sont énumérées, et peu de doutes émis.

«Comparer la circoncision à l’excision relève de la provocation»

«La circoncision n'est jamais que la suppression d'une pellicule de peau, résume Gérald, dont la finalité est de protéger le gland quand le sexe de l'homme est au repos. Aucune fonction organique n'est retirée.» Aucune comparaison possible donc, avec l’excision. Cette ablation partielle ou totale du clitoris est reconnue par de nombreux textes français et internationaux comme une mutilation sexuelle. «C’est un acte barbare» confirme Gérald, «à condamner» enchaîne Ader, mais la «comparer à la circoncision relève de la provocation» poursuit le premier. Pourquoi? Car «la circoncision n’enlève pas le plaisir sexuel», estime Hicham, qui n’a jamais connu la sexualité avec un prépuce.

Bernard n’est pas de cet avis. Circoncis à 9 ans pour raisons médicales «un peu radicales», il a choisi, à 54 ans, de «restaurer» son prépuce. «En couvrant mon gland de peau, raconte-t-il, j’ai découvert une nouvelle source de plaisir.» Avec une technique assez artisanale de «cross taping», il a pendant un an porté deux bouts de scotchs en croix autour du gland, afin d’allonger au fur et à mesure, la peau de son pénis.

Contre l’idée d’«agir sur le corps d’une autre personne»

Depuis trois mois, il teste d’autres techniques, «petit appareil qui agit par tension» ou «joints toriques», «comme pour les robinets». Des manipulations peu confortables mais indispensables selon lui. Evoquant des «douleurs sur les coutures de certains shorts», il conteste surtout le principe même de la circoncision, contre l’idée d’ «agir sur le corps d’une autre personne». Dès «ses 16 ans, une jeune peut décider de se faire circoncire, pense Bernard. Avant, il faudrait mieux ne pas y toucher».

Quant à parler de mutilation, Bernard pèse ses mots mais ouvre le débat. «Il y a plusieurs niveaux à l’excision, prend-il soin de préciser, on peut dire que la circoncision correspond à une intervention médiane. Est-ce qu’une mutilation, c’est se couper le doigt, ou se passer le doigt sur du papier du verre?»