Séparation Hollande-Trierweiler: La fin de la «première dame»?

Maud Pierron

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François Hollande, le 24 janvier 2014 à Rome (Italie).
François Hollande, le 24 janvier 2014 à Rome (Italie). — FILIPPO MONTEFORTE / POOL / AFP

«Je ne veux plus qu’il y ait de première dame, à l’avenir, à l’Elysée.» Voilà la phrase qu’aurait lâchée François Hollande en off, devant une poignée de journalistes, à l’issue de sa troisième conférence de presse le 14 janvier. Une phrase qui prend tout son sens alors que François Hollande vient d'officialiser sa rupture avec Valérie Trierweiler.

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La clarification personnelle pourrait chambouler la pratique des institutions françaises. Car si la première dame n’a aucun statut en France, l’épouse ou la conjointe du chef de l’Etat français a de fait un rôle protocolaire et de représentation. Et elle dispose par ailleurs d’un cabinet et d’un staff payé sur le budget du chef de l’Etat, dont le coût global s'élève à 400.000 euros selon René Dosière, le député apparenté PS. Pour lui, «de facto», François Hollande a mis fin à ce rôle de première dame. 
 
 

La résistance d’une culture dominante

Pour la seconde fois sous la Vème République donc -Nicolas Sarkozy l'ayant été quelques mois-, un président s’assumerait célibataire à l’Elysée. Pour quel changement? «Aucun, tranche le constitutionnaliste Michel Lascombes, puisqu’il n’y a pas de statut juridique de première dame.» Le chef de l'Etat voyagera seul, comme d'autres présidents (Vladimir Poutine, Michelle Bachelet ou Abdelaziz Bouteflika). Pourtant, la notion existe dans l’imaginaire collectif français, à la différence de nombreux pays européens, car cela «relève des aspects monarchiques de la fonction présidentielle» sous la Ve République, explique l’historien politique Jean Garrigues. Du coup, d’après le constitutionnaliste, cette nouvelle donne dans la vie privée de François Hollande «est une bonne occasion pour faire disparaître cette notion».
 
Cela permettrait de «moderniser le statut du président car on n’est ni dans une royauté, ni dans un régime américain», insiste-t-il. D’ailleurs, la preuve que cette notion de première dame est un reliquat du machisme de la société, c’est qu’«on ne se poserait pas la question si le président était une présidente». La notion de «couple présidentiel», c’est «la résistance d’une culture dominante» avec l’homme politique qui construit son image «par le couple, la famille», abonde l’historien. Mais «la société a évolué, comme la notion de couple, qui devient beaucoup moins nécessaire». «On a beaucoup surestimé l’importance politique de ces choses-là, intervient Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut Polling Vox. On a vu en réalité, après les problèmes de couple de Sarkozy, que cela ne pesait pas. Les Français font le distinguo entre politique et vie privée», assure-t-il.
 

Disparaître des radars publics

Toutefois, tempère l’historien, cet état de président-célibataire peut «poser problème aux yeux de ceux qui ont un attachement au couple, et cela peut être considéré comme une désacralisation de la fonction présidentielle». Et même, ajoute Jérôme Sainte-Marie, cela pourrait «radicaliser ceux qui reprochent déjà à François Hollande sa politique de la famille». Reste que «la France est prête à avoir un président célibataire, assure le sondeur. La preuve avec Delanoë, qui figure parmi les personnages les plus importants de Paris. La France est même prête à avoir une femme présidente».
 
Cela ne signifie pas pour autant que la conjointe du chef de l’Etat n’apparaisse pas dans certaines visites d’Etat. « Il faut dissocier ce qui relève de la représentation, pour le ou la conjointe du chef de l’Etat à la fonction politique, donc supprimer le cabinet et le staff», dit Jean Garrigues. Et sans lien financier ou d’organisation avec l’Elysée, elle disparaît des radars politiques, «elle n’est plus une personnalité publique soumise à la transparence», note Jean Garrigues et sa relation personnelle avec le chef de l’Etat pourrait retourner à l’intimité. 
 
Est-ce que cette disparition temporaire de première dame pourrait durer au-delà de François Hollande? «Ce sera difficile de revenir en arrière, ne serait-ce que pour les questions d’ordre financier, assume Michel Lascombes. Et puis ce ne serait pas le sens de l’histoire. Enfin, ça règlerait les éventuels questionnements pour un futur président divorcé, homosexuel ou une femme.»