Une pétition pour la résidence alternée signée par un millier de femmes

Oihana Gabriel

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Un homme devant une poussette, illustration.
Un homme devant une poussette, illustration. — ANA AREVALO / AFP

Elles sont politiques, psychologues, mères divorcées tout simplement. Stéphanie Hain, une conseillère en insertion professionnelle, a lancé un appel pour le moins détonnant: une pétition en faveur de la résidence alternée, pour que père et mère séparés assurent à égalité l’éducation des enfants. «Le solo maternel est austère si le papa des enfants n’assure pas le relais, explique cette mère de deux enfants dans Libération. La résidence alternée permet d’équilibrer pour les deux parents leurs chances de rebondir après la rupture. Bien que la loi ne prévoie aucune discrimination entre les deux parents, les pratiques actuelles conduisent à privilégier un parent, principe contraire à une vraie parité et égalité entre les hommes et les femmes.»

Un millier de femmes ont répondu à l’appel, notamment politiques de tous bords: Clémentine Autain, (Front de Gauche), Barbara Pompili (EELV), Sophie Auconie (UDI). Remettant sur le devant de la scène cette question polémique portée depuis des mois par des pères en colère et leurs manifestations médiatiques.

Plus discutable pour les enfants de 0 à 3 ans

Selon les derniers chiffres, la résidence alternée concernerait un enfant de divorcés sur cinq. Et a beaucoup augmenté ces dernières années: selon une étude, en 1996, moins de 4% des enfants bénéficiaient d’une résidence alternée. Et la France n’est pas à la traîne: si les pays nordiques et la Belgique voient le nombre de résidence alternée augmenter, elles restent très rares en Espagne et dans les pays de l’Est. Une bonne solution pour les enfants? «Les études anglo-saxonnes montrent que la résidence alternée n’a pas d’effet négatif sur l’enfant, à deux exceptions près, explique Gérard Poussin, psychologue spécialiste du divorce. Les enfants de moins de 3 ans ont une perception de la durée différente de la nôtre: pour eux une semaine équivaut à un mois et une telle durée de séparation avec une figure d’attachement est trop douloureuse. Je pense que trois jours chez l’un et quatre jours chez l’autre est plus appropriée. C’est d’ailleurs le choix des Canadiens chez qui on parle de résidence alternée à partir du moment où l’enfant passe 40% du temps chez l’un des parents. Mais il faut de toute façon ajuster en fonction de l’enfant. La deuxième exception concerne les familles où il y a eu des violences, on ne peut pas choisir la résidence alternée si ces violences risquent de continuer.»

Mais pour ce professeur de psychologie à Grenoble et auteur de Les enfants du divorce, la vraie souffrance d’un enfant de divorcés provient des disputes plus que du mode de garde. «Les divorces ne provoquent pas forcément des troubles. Mais c’est vrai qu’il existe aujourd’hui des "parents bis", "le parent du week-end" moins investi. Les patients qui une fois adultes présentent des troubles de l’après-divorce parlent surtout des conflits entre les parents. L’important c’est que le père et la mère se mettent d’accord.»