«Donner du pain à un inconnu, le symbole me plait»

REPORTAGE La boulangerie biologique «La conquête du pain» à Montreuil (Seine-Saint-Denis) a mis en place le concept de la «baguette suspendue» depuis le 15 décembre dernier…

Delphine Bancaud
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Le 22 janvier 2014. BOULANGERIE SOLIDAIRE LA CONQUETE DU PAIN A MONTREUIL.
Le 22 janvier 2014. BOULANGERIE SOLIDAIRE LA CONQUETE DU PAIN A MONTREUIL. — V. Wartner / 20 Minutes

Donner du pain à celui qui ne peut pas se l’offrir. C’est le concept de la «baguette suspendue» que la boulangerie biologique «La Conquête du pain» à Montreuil (Seine-Saint-Denis) a mis en œuvre depuis le 15 décembre dernier. Le principe est simple: un client paye deux baguettes. L’une d’elle est mise dans un panier en attendant qu’une personne dans le besoin vienne la récupérer. Une initiative qui prend peu à peu, le bouche à oreille aidant. «En moyenne 10 baguettes sont suspendues par jour. Parfois plus le week-end. Le système fonctionne aussi pour les viennoiseries», précise Pierre Pawin, cogérant de la boulangerie. Et ce n’est qu’un début, selon lui. «Pour faire connaître cette démarche citoyenne, on en a parlé aux clients, aux associations et à nos voisins», poursuit-il.

Un acte systématique ou occasionnel

«Certains clients donnent systématiquement une baguette, d’autres lorsqu’il leur reste de la monnaie», explique le boulanger. A 12h30 ce mercredi, Catherine, une habituée, met deux euros sur le comptoir pour financer deux baguettes et en glisse une dans le panier prévu à cet effet. «Je le fais de temps en temps, car je trouve que cette action solidaire toute simple est vraiment intéressante. Donner du pain à un inconnu, le symbole me plait. En plus, c’est très discret. Les personnes qui en ont besoin peuvent venir se servir sans que les autres clients le remarquent». Quelques minutes plus tard, Célestine pousse la porte de la boulangerie pour acheter son déjeuner avec un ticket restaurant. Après avoir acheté une formule, il lui reste quelques euros à dépenser: «Je vais mettre une baguette en attente. Si ça peut aider quelqu’un, ce sera super. Car souvent les gens qui sont dans le besoin n’osent pas demander».

Une réalité soulignée par Pierre Pawin: «Il n’est pas rare qu’en fin de journée, certaines baguettes n’aient pas trouvé preneur, car ce n’est pas facile pour les gens en difficulté d’accepter d’être aidés». Dans ce cas là, le boulanger donne les baguettes suspendues aux personnes ou aux associations qui viennent tous les soirs, récupérer les invendus du jour. «Peu importe qui ils sont, on ne contrôle pas s’ils sont dans le besoin, ou pas», précise Pierre Pawin. Depuis février 2012, la boulangerie propose aussi des tarifs sociaux à ceux qui ont du mal à boucler les fins de mois sur simple demande: la baguette ne leur coûte que 75 centimes au lieu d’un euro. «Une cinquantaine de personnes en bénéficient, car le bon pain ne doit pas être réservé à une élite», affirme Pierre Pawin.