La justice accorde la libération conditionnelle à Philippe El Shennawy

JUSTICE L'homme de 59 ans devra porter un bracelet électronique pendant deux ans...

avec AFP
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Le tribunal d'application des peines de Créteil décide ce mercredi s'il accorde ou non la libération conditionnelle à Philippe El Shennawy, 59 ans dont 38 passés derrière les barreaux.
Le tribunal d'application des peines de Créteil décide ce mercredi s'il accorde ou non la libération conditionnelle à Philippe El Shennawy, 59 ans dont 38 passés derrière les barreaux. — Anne-Christine Poujoulat AFP

Après 38 ans de prison, Philippe El Shennawy, l'un des plus anciens détenus de France, condamné pour plusieurs braquages et évasions, va bénéficier d'une libération conditionnelle dès vendredi.

«Il est très, très heureux. Sa femme évidemment est soulagée», a déclaré ce mercredi son avocate Maud Marian à la presse à son cabinet juste après avoir reçu la décision favorable du tribunal d'application des peines de Créteil. «C'est un grand soulagement», a-t-elle ajouté, tout sourire.

Quelques minutes après l'annonce de la libération, Martine El Shennawy, son épouse, lui a confié: «J'ai les jambes coupées, je ne fais que pleurer!».

Grâce présidentielle partielle

Lorsqu'il quittera la maison d'arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), Philippe El Shennawy, dont la peine courait jusqu'en 2032, devra porter un bracelet électronique pendant deux ans. Cette surveillance électronique «ne va pas être très facile à vivre psychologiquement», selon son avocate. «Il le dit, c'est une liberté au rabais, mais c'est toujours mieux que la prison», a-t-elle estimé.

«Il va devoir résider chez sa femme, occuper son emploi et il va avoir quelques permissions de sortir pour aller travailler chaque jour et un petit peu le week-end pour la famille», a précisé Me Marian. Fin mars 2013, Philippe El Shennawy avait bénéficié d'une grâce présidentielle partielle, François Hollande annulant sa période de sûreté de trois ans. C'est cette décision du chef de l'Etat qui a ouvert la voie à une libération conditionnelle du détenu.

Lors de son recours en grâce, des intellectuels, dont le sociologue Alain Touraine ou l'écrivaine Yasmina Reza, avaient solennellement demandé au président de libérer El Shennawy, «symbole des peines sans fin». La semaine dernière, pour la première fois en 38 ans, le parquet s'était prononcé en faveur d'une libération, laissant espérer à ses avocats «une bonne décision». 

Deux évasions

Depuis 1975, M. El Shennawy, surnommé «le détenu perpétuel» par les directeurs de prison, a connu un parcours carcéral hors norme, une «suite de nœuds» selon son avocate: vingt ans à l'isolement, 42 transfèrements, une grève de la faim, une tentative de suicide...

Il a été condamné à la perpétuité en 1977 pour un braquage de banque à Paris, avec prise d'otages, une attaque à laquelle il a toujours nié avoir participé. Libéré sous condition en 1990, il a été réincarcéré après quelques mois seulement pour violation d'une interdiction de séjour à Paris, où il s'était rendu pour voir son fils.

Il s'est évadé à deux reprises, lors d'une permission en 1997, puis d'un séjour en unité pour malades difficiles en 2004, avant d'être repris à chaque fois après quelques mois de cavale, durant lesquels il a commis plusieurs vols à main armée.

Selon Me Marian, «maintenant, ça ne fait plus de sens qu'il soit en prison. Au bout d'un moment on sait qu'on va complètement détruire tout espoir pour quelqu'un».

«Une vie rêvée»

Philippe El Shennawy n'a jamais été un prisonnier comme les autres. «C'est quelqu'un qui a toujours vécu, même en prison. Il n'a pas préparé sa sortie, il va continuer à vivre, simplement ce sera la vraie vie, quelque chose qui ressemble à une vie rêvée», explique l'avocate.

Dès vendredi, il va pouvoir retrouver Martine, la femme de sa vie, celle qui a toujours été à ses côtés depuis son incarcération et leur fils Christophe, un «bébé-parloir», conçu lors d'une visite en prison. Et dès lundi, il va se retrouver au travail. «Il va être chef de projet pour l’événementiel culturel. C'est quelque chose qui lui va comme un gant», dit Me Marian, «c'est le meilleur gage de sa réinsertion».