Les Français moroses, nostalgiques de «l'âge d'or»

ENQUETE Mise en valeur de l'autorité, de la police, défiance par rapport aux partis et aux médias: le moral des Français a été sondé....

avec AFP

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Illustration: Une photo de foule.
Illustration: Une photo de foule. — SUPERSTOCK/SIPA

Sur ce front là, les Français ne changent pas. Ils s'enfoncent dans la morosité et le pessimisme, selon une étude Ipsos publiée mardi qui ausculte leur défiance à l'égard des politiques et des médias, ainsi que leur nostalgie d'un supposé «âge d'or».

Cette deuxième vague de l'enquête annuelle «Fractures françaises», réalisée pour le Cevipof, la Fondation Jean-Jaurès, France Inter et Le Monde, jette un nouvel éclairage sur les doutes qui traversent la société française.

Réalisée du 8 au 14 janvier par internet auprès d'un échantillon représentatif de 1.005 personnes, cette étude illustre en particulier le rejet par les Français des dirigeants politiques et des médias.

Défiance pour les médias et les partis, sauf le FN

Quelque 23% des sondés font ainsi confiance aux députés ou aux médias, et 8% à peine aux partis politiques. Seuls les maires suscitent encore la confiance (63%), arrivant derrière les PME (84%), l'Armée (79%), la police (73%) ou encore l'école (68%).

Dans ce contexte, le Front national tire son épingle du jeu, 49% des personnes interrogées jugeant que le parti d'extrême droite n'est pas «un danger pour la démocratie» et 47% (67% des sympathisants UMP) qu'il est un «parti utile».

Une écrasante majorité (85%) estime par ailleurs que la France est «en déclin», même si 65% des sondés pensent qu'il n'est pas «irréversible».

Le système politique ne suscite pas plus d'espoir, 78% des personnes interrogées déplorant qu'il «fonctionne plutôt mal». Ainsi, pour 65% des Français, les dirigeants politiques sont «corrompus» et 84% les soupçonnent d'agir «principalement pour leurs intérêts personnels».

Volonté de repli

Parmi les domaines jugés «les plus préoccupants» aujourd'hui, le chômage reste en tête (56%, stable par rapport à 2013). Le «ras-le-bol fiscal» trouve une traduction claire dans cette étude: les «impôts et taxes» sont jugés préoccupants pour 46% des Français ( 16 depuis 2013), devant le pouvoir d'achat (36%, -5), l'avenir des retraites et l'insécurité.

Ce repli s'exprime aussi dans les relations de proximité: 79% des sondés pensent qu'«on n'est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres». Quant à la mondialisation, elle reste vécue comme une «menace» par 61% des personnes consultées. Plus d'un Français sur deux (58%) juge que «la France doit se protéger davantage du monde d'aujourd'hui».

A quelques mois des élections européennes, la défiance à l'égard de l'UE atteint aussi des sommets. Pour 70% ( 5 points en un an) des Français, il faut ainsi «renforcer les pouvoirs de décision de notre pays même si cela doit conduire à limiter ceux de l'Europe».

Une demande d'autorité et de chef

Les deux tiers des Français (66%) pensent en outre qu'il y a «trop» d'étrangers en France, 59% d'entre eux regrettant qu'ils ne fassent «pas d'effort pour s'intégrer». Seuls 38% (contre 26% en 2013) jugent que l'islam est «compatible avec les valeurs de la République».

Dans ce contexte, une majorité de Français semblent nostalgiques d'un supposé âge d'or: 78% des Français disent s'inspirer «de plus en plus des valeurs du passé» pour conduire leur vie. 74% pensent que «c'était mieux avant» et 70% que «rien n'est plus beau que la période de mon enfance».

L'autorité est par ailleurs une valeur «trop souvent critiquée aujourd'hui», déplorent 87% des personnes sondées. 84% d'entre elles attendent un «vrai chef en France pour remettre de l'ordre». Les partisans du rétablissement de la peine de mort restent cependant minoritaires (45%).