Qui sont les usagers des premiers métros à Paris?

Oihana Gabriel

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Le photographe Julien Bottriaux va à la rencontre des passagers matinaux du métro parisien pour dresser leur portrait.
Le photographe Julien Bottriaux va à la rencontre des passagers matinaux du métro parisien pour dresser leur portrait. — 20 Minutes

Si un hurluberlu vous accoste à 5h30 dans le métro avec un appareil photo pour que vous lui racontiez votre vie, c’est normal. Julien Bottriaux promène sa curiosité et son objectif dans les wagons depuis le 26 décembre pour son projet: Premiers Métros. Pendant un an, le photographe échange avec les passagers des premiers métros pour leur demander comment ils perçoivent Paris. Et chaque jour, il publie un focus en image et texte sur un de ces anonymes qui traversent la ville au petit jour pour rejoindre son bureau ou son lit. «C’est un vrai chassé-croisé, explique Julien Bottriaux. Dans le premier métro du mercredi, on rencontre plutôt des gens qui triment, alors que le dimanche, c’est le métro de fin de soirée avec des personnes éméchées. C’est intéressant de montrer par ce biais toute la diversité de la France qui se lève tôt.»

Recréer du lien social en ville

Eboueurs, puéricultrices, postiers, femmes de ménage… toutes ces petites mains se retrouvent aux aurores. «Le premier métro brasse toutes ces histoires, reprend le photographe. Ces anonymes qui font tourner Paris. Mais j’ai aussi découvert une sociologie différente selon les quartiers. Par exemple sur la ligne 1, j’ai rencontré des chefs d’entreprise ou des personnes qui travaillent dans les services.» Julien Bottriaux a lancé ce projet «pour sortir de l’anonymat de nos villes» et s'est inspiré d'initiatives similaires comme Humans of Paris ou L’inconnu du tram à Nantes.

Des sourires et des cernes

Dans ces wagons, Julien a ainsi croisé Amélie, qui rejoint son restaurant et apprécie ce trajet matinal: «Il n’y a qu’à cette heure-ci qu’on entend les oiseaux chanter.» Un sentiment partagé par Louise, une touriste américaine: «Je reste un mois à Paris et c’est la première fois que je prends le premier métro. C’est un temps d’échange entre deux mondes: ceux qui se couchent et ceux qui se lèvent. Là, je viens de chez mon amant…» Et l’optimisme qui se dégage de ces portraits, malgré la fatigue, a de quoi étonner. «Il y a des personnes pour qui la photo à 5h30, ce n’est pas le top, avoue Julien. Mais en général, ils sont très ouverts, j’essuie peu de refus. J’ai même parlé avec une postière qui prend depuis quarante ans le premier métro et qui s’y est fait des amis. Ce projet a cassé mes clichés. Je n’irai pas jusqu’à parler de moments de grâce, mais une bienveillance peut s’installer», ironise le photographe en référence à la sortie très commentée de Nathalie Kosciusko-Morizet sur la ligne 13 du métro. Et le travail du photographe pourrait se retrouver sur les murs d’une galerie… et nourrir une rencontre entre ceux qui se croisent dans les couloirs du premier métro.