Prostitution, drogue et fantasmes: Les dessous du bois de Boulogne

William Molinié

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Johann Zarca, auteur du «Boss de Boulogne», le 20 janvier 2014 à Paris.
Johann Zarca, auteur du «Boss de Boulogne», le 20 janvier 2014 à Paris. — Vincent Wartner / 20 MINUTES

Il a commencé par faire une école de journalisme. «Je me suis rendu compte que je bidonnais complètement mes papiers», raconte Johann Zarca. Du coup, il a opté pour la fiction et s’est mis à écrire Le Boss de Boulogne*, son premier roman qui vient de paraître.

S'il en a fait un récit romanesque, Johann Zarca, alias Le Mec de l’underground (du nom du blog qu’il tient), connaît sur le bout des doigts les codes du bois de Boulogne. Il y a passé de nombreuses soirées à «zoner» au milieu des trans, camés, poulets et plans foireux. «J’ai dealé un petit peu pour me payer mes barrettes de shit», lâche-t-il. Ce garçon, qui accumule les «petits jobs alimentaires», dépoussière les clichés du bois et en révèle des dessous, parfois méconnus. 20 Minutes l’a rencontré…

Un univers très codifié

Il connaît la cartographie du bois comme sa poche. «Le coin des "exhib", la rue des "Branleurs", celle du 3e sexe, des trans… C’est très compartimenté. Les gens parlent du bois de Boulogne mais ne le connaissent pas vraiment de l’intérieur», dit-il. Contrairement à l’imagerie populaire, les belles voitures de députés qui s’arrêtent pour une passe en plein cœur du bois seraient davantage de l’ordre du mythe. «Certes, il y a une misère sexuelle qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Mais il y a peu de clients riches finalement qui s’y arrêtent. Les conditions de passes sont vraiment difficiles. Faut vraiment le vouloir», insiste Johann Zarca. «Il y a surtout beaucoup de mecs en galère, des lascars de cité, des dealers, des gars venus dépouiller les clients ou les prostituées. Bref, des clients paumés, limite clodos.» Autre idée reçue, les rapports entre prostituées et policiers. «Je n’ai pas eu l’impression que c’était forcément un monde en conflit», laisse-t-il entendre.

Et ces «Chinois» qui livrent des boissons?

La nature a horreur du vide. Le business aussi. Johann Zarca, originaire de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), nous apprend qu’une équipe d’Asiatiques traîne régulièrement dans le bois de Boulogne, des paniers sous le bras, à la recherche de la prostituée ou du client affamés. «Ces épiciers chinois vendent du riz, des boissons, des barquettes de viande, des clopes. Je les ai vus très souvent déambuler dans le bois. Eux aussi font leur "biz".»

Faut-il «réguler» la misère du bois de Boulogne?

Même si le premier livre de Johann Zarca dit s’inscrire dans un décor réel, son auteur, lui, refuse de donner des leçons de morale. «J’ai observé cette vie. Je constate simplement que le bois ne dérange pas vraiment puisqu’il n’est pas en pleine ville. Mais je n’en tire aucune conclusion. Et encore moins d’analyse. D’autres le font beaucoup mieux que moi.» D’ailleurs, au fil des années, il n’a pas vraiment vu d’évolution. «Je ne connais pas cet endroit l’hiver. Mais je peux vous dire que l’été, c’est toujours la même foire à la saucisse

Un projet littéraire avant tout…

La démarche de Johann Zarca est avant tout littéraire. Son écriture est crue, brute, rythmée, enrobée de l’univers urbain et hip-hop. «J’ai dû retravailler le texte à plusieurs reprises pour retranscrire à l’écrit une certaine oralité.» Si le genre du roman est celui qui s’est imposé en premier, il refuse de s’y laisser enfermer. «Je ne suis pas bloqué au genre littéraire. Avec ce jargon, j’ai envie de toucher à tout», poursuit-il. D’ailleurs, il a déjà en réserve quelques nouvelles. Là encore, le décor change, passant des urgences d’un hôpital au bitume de la dalle d’une cité ou encore un kebab. «J’aime travailler sur des espaces réduits.»

Le Boss de Boulogne

A la tête du BDB-crew, le «Boss» a développé une équipe de dealers bien organisés, leader sur le marché du bois de Boulogne. Jusqu'à ce qu'un transexuel, figure du bois, se fasse assassiner et que les policiers empiètent sur son territoire.
Le Boss de Boulogne, Johann Zarca, édtion Don Quichotte, 177 pages, 16€.